Je n'ai qu'une chose à te dire…


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Liste des articles dans la catégorie Chroniques d’un Gourou.

Riz ou pâtes ?

Aujourd’hui, j’ai tenté la recette que Nymeria donnait sur son blog à l’occasion d’une Ode à la sauce soja (oui, ce blog est chouette).
J’ai réalisé grâce à son article que ça pouvait être simple de cuisiner un truc qui contient des ingrédients que je n’ai jamais utilisés, à savoir les pâtes de riz. La difficulté principale étant la présentation de la recette : Nymeria l’a écrite comme une histoire, donc c’est sympa à lire mais quand on prépare il faut trouver les éléments (oui bon c’est une difficulté niveau école primaire, pardonnez mon manque de concentration).

Riz ou pâtes ? dans Chroniques d'un Gourou img_2013
Des légumes à la poêle, ça je sais faire.

L’autre difficulté est que j’ai découvert il y a peu mon intolérance au gluten, donc j’ai décidé de tout arrêter pendant trois mois (le temps de régénération des cellules des intestins, je ne fais pas toujours les choses au hasard) et de voir ce que ça donne. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai regardé la composition de la sauce soja et lu : Eau, graines de soja, blé, sel. J’étais toute joyeuse à l’idée de manger des pâtes de riz, donc de pouvoir manger des pâtes, mais il a fallu revoir mes ambitions.

Pour les handicapés de l’intestin comme moi, sachez qu’il existe de la sauce soja sans gluten, la « Tamari ». Et pardonnez-moi encore, je ne suis absolument pas familière avec les produits d’Asie, j’utilisais jusqu’à présent la sauce soja uniquement pour saler mon riz. Dans la marque où je l’ai achetée, elle est même halal, je peux dormir tranquille.

img_2012 cuisine dans Chroniques d'un Gourou

Enfin voilà, j’ai donc réalisé un repas sans gluten et relativement instagrammable, précisons également que j’adore faire des photos de nourriture pour mon usage personnel depuis qu’un appareil photo m’a été offert en 2008, je ne suis donc pas complètement victime des réseaux sociaux,
Cordialement.

 
repasd10 essai
Avec des noix de cajou pour la finition.
 
img_2014 essayer
Ceci risque de se retrouver sur un réseau social bientôt, peut-être, quand même.

Une précision supplémentaire : en respectant à peu près les proportions données ici et en adaptant pour une personne, ce fut copieux. Oui, ce qui est photographié ci-dessus, je l’ai mangé seule. C’est l’essai du midi pour que ce soir je ne rate pas le repas pour la coloc (pluuuuuus de pâââââtes).

Enfin voilà, merci Nymeria :)

D’autres articles cuisine ici : #cuisine.
Il y a dans ce tags des articles sans rapports avec la cuisine, au secours.

 


Je suis sportive

Un échappatoire ou un objectif,
Le soulagement et la fatigue, à bout de souffle,
De l’endorphine puis des courbatures.

 

Ma pratique sportive ressort de temps en temps dans les déballages de vie ici, sous forme de bilans et sous forme de doute. J’ai compris très tôt que courir me permettait d’évacuer le stress, de vider ma tête, méditer en quelques sortes. Pas loin derrière, j’ai aussi compris que j’allais avoir souvent besoin d’évacuer du stress.

 

Je suis une coureuse. Parce qu’il suffit d’avoir des chaussures pour ce sport, pas besoin de ballon ou d’amis, pas besoin de payer l’entrée comme pour la piscine, pas besoin d’avoir un équipement coûteux et capricieux comme un vélo (toujours plus capricieux que l’absence d’équipement). Bon, aujourd’hui c’est un peu mentir parce que j’achète des baskets de qualité à renouveler tous les 600 kilomètres en moyenne. Mon truc : les changer en période de soldes ou tomber sur un magasin en déstockage avec des produits à moitié prix.

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2014.

L’intensité de ma pratique sportive est, sans surprise, fonction de mon état d’esprit ou de ma situation. J’ai beaucoup progressé en classes prépa, avec des sorties une à deux fois par semaines, une petite dizaine de kilomètres. J’ai ralenti ensuite, complètement arrêté quand j’ai découvert malgré moi une anémie importante, puis doucement repris en intégrant la muscu au poids de corps (parce qu’il fallait bien renforcer ce petit corps fragile – j’ai d’ailleurs pu reprendre quelques kilos grâce à ça). Cette reprise en juillet 2017 correspond à un mois presque complet de solitude, il fallait que je m’occupe. J’ai ensuite tranquillement maintenu ma forme jusqu’à mon départ en Allemagne cette année.

Je suis partie en Allemagne pour six mois de stage, avec déjà l’objectif d’intensifier le sport. C’est de ce pays que viennent de nombreuses applications « coach » sportives, sans compter que les allemands sont - dans mon imaginaire en tous cas, puis ceux que j’ai rencontrés aussi - plus attentifs à la santé physique et donc plus sportifs qu’en France. C’est soit à cause de ma décision à la base, soit à cause des aléas de la vie, mais je me suis sentie très seule là-bas, malgré plusieurs rencontres super et un ami que je connaissais déjà sur place. Et plus je me sentais seule, plus il fallait que je pense à autre chose - ou à rien du tout - donc je partais courir et faisais des séances de muscu au poids de corps. Ces séances étaient une excuse pour ne pas sortir. Cercle vicieux.

Je m’en voulais de vivre dans le paraître mais c’est facile de s’y raccrocher, quand c’est le positif de mon activité.

 Je suis sportive dans Chroniques d'un Gourou img_2011

Et au fond, il y a les Alpes.

Cette fois-ci, j’ai d’abord perdu du poids, et je me suis inquiétée de façon un peu exagérée. Je ne crois pas m’être recentrée sur mon bonheur, plutôt sur ma coquille. Fini le sport plaisir, le sport santé, bonjour le sport échappatoire, et un peu l’excès aussi, le sport-coquille.

 

Je suis de retour « chez moi », un chez moi relatif mais où j’ai plus de repères. Je ne veux pas que la pratique sportive devienne quelque chose de négatif, ou de dangereux. Alors je me suis inscrite en club. J’espère y recevoir des conseils et du soutien. Et en même temps, je m’aventure dans une toute nouvelle forme de sport : le sport-compétition, le sport faire-un-temps. Alors que déjà sans ça mon ego a toujours été dans cette quête du dépassement.

 

En découvrant les réseaux sociaux de sport et les sportifs sur les réseaux sociaux, et en tentant de m’écouter ou au moins de me comprendre après coup, je crois avoir compris un truc : le sportif qui veut se dépasser, qui partage ses performances, qui expose un corps « parfait » n’est pas là pour te culpabiliser. Il affronte le regard du monde à sa façon, pour probablement se préparer à affronter son propre regard. Les réseaux sociaux et le physique sont deux énormes miroirs et nos sensibilités sont là entre les deux. Mon objectif est de me focaliser sur ce que je veux, ce que je peux. Je vous partage mes performances parce que j’ai besoin d’approbation, parce que c’est ce que j’ai trouvé pour avancer, mais je ne voudrais pas vous culpabiliser. Prenez soin de vous.

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Évolution de la coquille entre juillet 2017 et Aout 2018.
Même si je l’ai « faite » pour de mauvaises raisons, je l’apprécie. Et vue ma condition physique au départ – toute molle – ce changement physique est accessible à beaucoup d’entre nous.

« Le grand retour de l’anti-capitalisme »

Je me suis rendue ce samedi à une rencontre dans le cadre de la cinquième édition du Monde Festival à Paris, avec pour thème « aimer ». Je n’en avais jamais entendu parler, mais puisque depuis le début de cette année je suis abonnée au Monde – grâce à leur offre étudiante à 1€ les six premiers mois (depuis je paye le prix fort mais après tout il n’y a rien de mal à donner de l’argent à des journalistes), la probabilité pour que je sois au courant a augmenté.
J’ai voulu réserver des places pour deux événements, mais je suis restée sur liste d’attente pour « Clitoris, le grand tabou ». Qu’à cela ne tienne, je vais vous raconter « Aimer le capitalisme et les entreprises ? Le grand retour de l’anti-capitalisme » (oui certes, c’est moins sexy comme nom).

Commençons par un aparté : le cadre (!) Les rencontres et débats du festival ont eu lieu à l’opéra Garnier, l’opéra Bastille et aux Bouffes du Nord. Perso, j’ai été à l’opéra Garnier, pas dans la salle d’opéra mais dans le Grand Foyer (la galerie bordée d’un balcon qui donne sur la place de l’Opéra). Mis à part la chaise en plastique sur laquelle j’ai eu du mal à tenir immobile pendant près de deux heures, c’est assez magique de se rendre – gratuitement ! – dans un tel endroit, entrer par la façade, n’avoir que son nom de famille à donner pour avoir une place - behoui j’ai réservé, monter les grandes marches, lever le nez vers les peintures et sculptures et dorures de ce palais Garnier. On s’y sent tellement bobo-hipster-parisien ! Ou juste chanceux de pouvoir visiter des monuments comme ça parce que c’est public.

Il y avait peu de monde à cette « rencontre » (pas vraiment un débat, ni une conférence), animée par le journaliste du Monde Philippe Escande. Les invités étaient Chef d’entreprise, Économiste, Entrepreneure, Philosophe.
En introduction, Pascal Bruckner (le philosophe) nous a parlé d’une nécessaire réappropriation, de défense de l’argent contre son appropriation par les riches. L’argent a existé avant le capitalisme, et c’est tout de même un outil intéressant. Élise Huillery, l’économiste, nous a rappelé une réalité simple qui est la suivante : le capitalisme génère les inégalités. Ce n’est pas un point de vue, c’est mathématique : tant que le rendement du capital sera plus élevé que la croissance, les salaires augmenteront moins vite que le capital, donc celleux qui ne détiennent pas de capital se verront devenir de plus en plus pauvres relativement à ceux qui détiennent du capital (actionnaires, propriétaires). Une solution pour résorber ces inégalités étant de les compenser par une redistribution volontariste (pas besoin, donc et selon elle, d’être anti-capitaliste). Jean-Dominique Senard est PDG du groupe Michelin. Il nous a présenté les différentes formes de capitalisme existantes et souhaitables/raisonnables. Son message est qu’il est « urgent de réinventer un capitalisme responsable« . Enfin, Emmanuelle Duez, auto-entrepreneuse que j’ai déjà eu l’occasion d’écouter dans le cadre de ma scolarité (il y avait quand même une chouette direction des études <3 <3 ), a présenté le problème autrement : comment faire pour que les jeunes aiment l’entreprise ? Parce que si les jeunes n’aiment pas l’entreprise, aujourd’hui, ça se traduit en catastrophe pour l’entreprise. Aujourd’hui, on veut pouvoir adhérer à l’entreprise, y trouver un sens. Et pour la capitalisme, 55% des français pensent que c’est mal mais qu’il n’y a pas d’alternative, alors on espère qu’il changera de tête si on change les entreprise (en gros – et j’ai pas retrouvé la source pour les 55%).

lemond10 dans Informations

Parmi les élément intéressants : la conception du capitalisme dans les différentes parties du monde.

Jean Dominique Senard distingue trois capitalismes : le capitalisme d’Etat (en Chine notamment) où le capital est au service des institutions – long terme, le capitalisme anglo-saxon (Amérique du nord et Royaume-Uni) où les actionnaires font pression pour du profit à très court terme, le capitalisme Européen qui est perdu entre les deux. Élise Huillery et Pascal Bruckner expliquent l’indécision du capitalisme européen (et Français) par une « schizophrénie » de l’individu (qui veut consommer bio mais pas aujourd’hui c’est cher, cuisiner à la maison mais pas aujourd’hui pas le temps) qui s’expliquerait entre autres par l’arrière plan historique et religieux : chez les chrétiens, l’enrichissement est mal vu, et chez les Français on a cet héritage de la révolution qui serait plutôt égalitariste par moments : ça freine le capitalisme. En gros, il y a inadéquation entre désirs/capitalisme et raison/décroissance (ce sont mes mots et j’exagère un peu pour faire court, il n’a pas été question de « décroissance » dans cette partie). En comparaison, le capitalisme d’Etat se porte très bien en Chine où il y a toujours eu cette vision à long terme dans le cadre d’une vaste culture et civilisation millénaire  ; le capitalisme anglo-saxon est décomplexé car il se développe dans un terreau (anciennement ?) protestant où être riche c’est être aimé de dieu. Il a aussi été question du communisme dans cet héritage européen, à propos duquel Pascal Bruckner a eu cette phrase amusante : « Le marxisme, c’est le catholicisme adapté à la classe ouvrière » – donc pas d’excuses pour l’Europe communiste.

Élise Huillery souligne aussi les différences de perceptions de la justice et du mérite : si en France la réussite personnelle sera aussi attribuée aux conditions favorables (ou défavorables, dans ce cas on rejette la faute sur autrui), considérée comme une réussite collective le plus souvent, le succès aux Etats-Unis est plutôt auto-attribué. Cela se traduit – entre autres – par une plus forte part de prélèvements obligatoires (les impôts) en France qu’aux USA : l’Etat va limiter la schizophrénie de l’individu en favorisant des « bons choix difficiles » (ici encore, mes mots). Cependant, Emmanuelle Duez est plus convaincue par le pouvoir de l’individu que par celui du collectif, puisqu’on remarque aujourd’hui que les entreprises sont contraintes à changer pour s’adapter aux talents. C’est effectivement ensemble, avec la dimension politique au sens noble du terme (la vie de la cité) qu’on fait plier les organisations, mais c’est une responsabilité à l’échelle individuelle.

Ça a aussi pas mal parlé de communisme, de décroissance, de populismes et d’écologie, d’élections européennes et de différences entre l’Europe du nord et celle du sud (les ex-catholiques vs les ex-protestants, vous l’aurez compris). J’ai pris quelques notes, vous pouvez me poser des questions ;)


La honte

 Je peux avoir honte pendant des années. J’ai honte de choses qui se sont passées quand j’avais encore besoin d’un siège auto, j’ai honte choses que j’ai écrites sur MSN au collège (que je suis vieille), j’ai honte de m’être faite mal comprise, honte d’avoir mal compris, honte d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Je me souviens de choses qui me dérangent vis-à-vis d’autres gens, mais ces gens ont dû l’oublier depuis bien longtemps. Parfois, je suis tranquillement en train de me perdre dans mes pensées, quand la sensation de honte vient m’envahir, alors je dois chercher pourquoi elle vient. Je repars des années en arrières. Je repense au collège, la file d’attente pour le self, une réaction que je n’aurais pas dû avoir. Je me vois au lycée, dans un couloir, à discuter avec quelqu’un et à ne pas dire les bons mots - peut-être est-ce ce qui a brisé une amitié ? Je rends visite à ma grand-mère, je confonds deux artistes, je me sens stupide, j’ai honte. C’était il y a des mois et j’ai encore honte. C’est pourtant un détail.  J’ai honte même quand j’écris -é à la place de -er.

La honte dans Chroniques d'un Gourou bouton11
Moi sortant d’un portail magique

Je me souviens de ma lecture de L’arrache-cœur, de Boris Vian, quand j’étais au lycée. Ce livre m’a donné la nausée. Pas parce qu’il est mauvais, non, au contraire, il est très vrai et bien écrit, et il m’a « prise aux tripes » comme on dit, mais pour de vrai il faut croire. On trouve dans ce roman un village ou la honte n’existe pas. Les gens font des choses horribles, absurdes, et personne ne réagit. Sauf le personnage que l’on suit, et qui est mis en garde : si jamais tu ressens la honte, tu devras la prendre pour tout le monde. Alors il ne réagit plus. Dans ce village, il y a une personne qui aura honte pour tout le monde. Et les villageois s’en satisfont, et la vie suit son cours.

J’ai une empathie à deux francs, et le franc n’a même plus cours, alors pour te dire (on m’a déjà engueulée pour avoir essayé de consoler une personne triste parce que je m’y prenais mal). Mais je crois que dans ce village, j’aurais pas tenu dix minutes avant de devenir la personne qui doit tout se prendre dans la gueule (littéralement, dans le bouquin). Je crois que mon empathie est mal placée. J’ai honte parce que j’ai agi d’une manière qui aurait pu déranger des gens, éventuellement. Alors que la plupart du temps, je suppose que ces gens s’en battent les gonades, allègrement.

 

Je sais que ça me bloque. Que c’est stupide, que je ne devrais pas. Parce que j’ai honte, il y a des gens à qui je n’ai jamais reparlé, par crainte de découvrir qu’ils me détestent pour ce que j’ai fait. Aujourd’hui, j’essaie de faire l’effort de parler avant que le temps ne passe trop. Mais que faire des choses dont j’ai honte et qui ont eu lieu il y a quinze ans ? En reparler aux concernés ? Ils ne savent plus. Je ne les vois plus. Mais tant que je ne me suis pas excusée, que je n’ai pas eu un retour de le part disant qu’ils s’en tapent (parce que ça doit être le cas), je reste bloquée, et je continue d’avoir honte.

 

Voilà.

 

J’hésite publier cet article. Mais ce blog est déjà dangereux (pour moi) parce qu’il permet déjà de connaitre beaucoup de morceaux de moi donc allons-y, rajoutons des trucs trop personnels.

 

Et toi, quel est ton rapport à la honte ?

 


Le choix et l’impossible

J’ai envie d’être une musicienne, une sportive, une ingénieure, une solution et un problème, une activiste — engagée mais sans attache. Je voudrais rester la petite-fille, la fille et la sœur, la tante et pourquoi pas l’amante. Être l’amie, c’est sûr. J’ai envie de parler et de comprendre, comme les gens, partout, et j’aimerais savoir à la fois danser et combattre. Savoir chanter et écouter — sans pleurer. Apprendre à échouer puis réussir. Oser et découvrir.

Le choix et l'impossible dans Chroniques d'un Gourou img_2010

Il faudrait prioriser, choisir et renoncer. C’est un peu triste.

En bonus, cette chanson m’a été suggérée par Justine dans les commentaires et je la trouve très adéquate  (la chanson hein) (mais Justine aussi est peut être adéquate haha):

Il y a en effet de la redondance dans les intitulés d’articles.


Le choix et le possible

Récemment, je faisais mon quota de voyeurisme (comprendre : je regardais les stories instagram de personnes que je ne connais pas, mais tu sais à force je les apprécie et j’ai même un peu l’impression de les connaître). Une personne a reçu des conseils de la part d’une autre pour l’aider à arrêter de fumer. Le dernier conseil était “pour préparer mon corps à un futur enfant”.

Ma première réaction fut “heureusement qu’on ne me l’a pas dit à moi, ça m’aurait mise en colère”. En effet, je suis mal à l’aise — pour parler calmement — quand il s’agit d’associer femme et enfant. Après tout, on ne fait pas les enfants toutes seules. Une femme n’est pas une machine à enfanter. Je voudrais être un hippocampe ou un escargot. Et puis, l’idée a fait son chemin dans ma tête : il faudrait cesser de tout prendre mal quand il s’agit de maternité, puisque c’est un fait avéré : les femmes ont la capacité de porter des enfants. Pour faire un enfant, il faut d’abord faire un fœtus et le fœtus il vit dans un ventre de femme (de femme cis ou éventuellement d’homme trans, bref, tu m’as comprise).

Le choix et le possible dans Chroniques d'un Gourou tourne10
Le tournesol, il est comme le pissenlit, mais on peut lui manger les graines, alors je l’aime mieux.

Finalement, je pourrais m’énerver de la même façon si on donnait “pour préparer ton corps à la traversée de la Manche” comme motivation à arrêter de fumer. Parce que je n’ai pas prévu de traverser la Manche. Pourtant, avec de l’entraînement et de la motivation, mon corps en est peut-être capable — comme, à peu de choses près, pour faire un gosse.

DONC, ce conseil était bienveillant. Il ne participait ni à l’objectivation des femmes, ni au renforcement du patriarcat. Et c’est peut-être déjà très clair pour toi, mais personnellement j’ai l’impression d’avoir débloqué un petit truc.

Mon corps a des tonnes de possibilités, certaines spécifiques à mon sexe (pas tant que ça à mon genre d’ailleurs, tiens). Ce n’est pas parce que c’est possible que c’est un devoir. Mais ce n’est pas parce que je ne veux pas que je dois nier la possibilité.

(Et toi, quel est ton rapport à ton corps — sexué ou non — et à la parentalité ?)


Le vouloir et le devoir

Je suis perplexe. Le mode de vie désirable c’est celui d’un moine. Il faudrait être en accord avec ses principes jour et nuit, et avoir des principes acceptables. Il faudrait prendre soin de soi et des autres, manger bien, faire du sport, ne pas trop boire ni fumer. Mais il faut être heureux, ne pas trop se plaindre, kiffer la vie de moine.

Et ça, faire le lien entre le mode de vie sain et le bonheur, c’est relégué aux cours de philo de terminale où au fond de la classe, on était trop occupés à digérer les frites du midi pour écouter. C’est un truc de bobo écolo gauchiste frustré ou que sais-je. Et ça, on ne veut pas l’être.

Alors on suit la courbe, on boit et on fume – pas trop hein, juste en soirée – on fait du sexe avec des inconnus, parce que l’amour on croit pas qu’on mérite après tout. Et on culpabilise, parce que sur la trame en arrière-plan, il y a cette vie de moine qui attend. Et, soyons francs: on est nombreux à chercher la spiritualité ou au moins du sens quelque part, là où nos parents dégoûtés par l’institution religieuse l’ont abandonné.e (et quand on compte les prêtres pédophiles, je les en remercie). Alors on trouve des trucs, et on ne sait pas si c’est ça, la vie. Il faut tester, essayer, tout en se traînant ce bonheur affiché comme un fardeau.

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On pourrait en profiter, des bières belges et du sexe des inconnus. On pourrait mais on s’en veut, dès le départ on a pris trop de bière parce qu’on voulait pas se souvenir de l’inconnu le lendemain.

On se réveille dans le pâté, l’illumination c’était pas pour cette fois.

Alors on commence à en avoir marre de ce pâté.

On arrête les soirées.

On achète du brocoli surgelé.

On attend.

3

Et à côté, t’as ceux qui vivent dans le paraître parce que leur vie est triste. Je ne dis pas que tous les gens qui s’affichent sont tristes ou ont un problème, il y a des gens qui s’organisent vachement bien et gèrent leur vie comme il faut. Mais bref, il y en a plein qui se perdent un peu quand même. Ou ceux qui sont seuls et qui en profitent pour tenter un truc – comme je l’ai dit, on teste et on essaye. Et ceux là, on pourrait croire qu’ils ont réussi à trouver le mode de vie parfait. Des moines plus ou moins connectés.

On ne voit pas qu’ils sont seuls. On ne sait pas s’ils sont tristes.

On remarque juste qu’ils ne se réveillent pas dans le même pâté.

Alors voilà je suis perplexe : dans tous les cas on va culpabiliser, on culpabilise parce qu’on n’a pas encore trouvé notre truc et qu’on ne sait pas ce que les autres cherchent. C’est comme suivre des gens quand on est perdus parce que si ça se trouve on va au même endroit. On ne va pas au même endroit. Ou alors pas par le même chemin, pas pour les mêmes raisons. On se fait du mal.

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C’est peut-être ultra niais mais faîtes les changements de vie qui vous rendent heureux, pas qui vous donnent l’air heureux. J’ai personnellement du mal à faire la différence. Mais je tente de ne pas insister quand ça ne va pas. Je ne suis pas prête à partir vivre loin de « chez moi ». Je ne sais pas jouer d’un instrument de musique. Je ne gère pas mes émotions. Tant pis, j’apprendrais plus tard. Après tout, j’ai toute ma jeunesse devant moi.

Re-Bref, il est temps que je parte de là où je suis et que j’ouvre une nouvelle page de ma vie, parce que ça fait des mois que je poste des articles navrants. Encore heureux que j’ai pas souvent envie d’écrire ! (Mais merci de me lire quand même, tu sais que ça me fait du bien de raconter ma vie) 


Digital intox

L’autre jour, je te parlais de mon téléphone et à quel point j’en étais devenue dépendante. Cette panne, c’était l’occasion de se rendre compte. Mais là, pour tout te dire, je suis repartie pied dedans, la tête la première, et je me noie. Je suis devenue celle qui actualise le flux d’actualité de toutes ses applications en boucle, que ce soit pour voir la vie de personnes que je ne connais pas ou les messages futiles de gens que je connais. Quand je vois des trucs sympas, j’en profite un instant puis je dégaine mon téléphone pour prendre une photo. Je traîne ensuite à faire défiler les photos, les miennes et celles des autres, mais je ne les trie pas, je ne les range pas, je n’en fais même pas un article de blog parce que ça déjà, ça s’éloigne de l’instantané.

Digital intox dans Chroniques d'un Gourou cieldo10
Ciel d’orage.

Je vais avoir l’air d’une pauvre meuf mais voilà, je crois que ce sont les symptômes de quelqu’un qui va mal. Se perdre dans l’instantané de la vie des autres, ça sonne mal, ça donne l’air malheureux. Se perdre dans l’instantané de la vie des autres qui profitent de l’instant en entier, qui te disent de débrancher, enfin c’est ce qu’ils disent… On n’est qu’une bande de dépressifs à la vie parfaite. Le malheur aux couleurs vives, la cage dorée, bref, j’ai vraiment l’air ingrate là non ?

Ce mois-ci, j’ai tout de même passé de bons moments. Mis à part ces photos trop nombreuses, mon appréhension du futur proche et l’angoisse pour des choses sur lesquelles je n’ai pas prise (coucou la famille, je vous aime quand même). Je n’ai pas tout à fait perdu pied. J’avance dans la vase et ça glisse. Il y a une religion monothéiste qui dit : si tu rencontres des épreuves, c’est que dieu sait que tu peux les surmonter. Il est sympa dieu, mais sa majuscule attendra. Il m’a envoyé vivre la vie que je voulais et me laisse seule face à ça : est-ce ce vraiment ce que tu voulais ?

Alors je rumine cette phrase que m’a lancée l’autre jour un mec en colère : on m’a donné des opportunités que je n’ai pas prises. Je n’ai pas su profiter. J’ai perdu l’occasion. Il n’y a plus qu’à rentrer, oui c’est dommage, peut-être que ça n’était pas pour moi. Après tout, je suis peut-être juste une fille fragile. Ce qui est sûr, c’est que je ne prends pas assez le temps. J’ai le choix de prendre les autres opportunités qui viendront, mais aussi de les laisser passer si je ne suis pas prête. 

Voilà, en ce moment je me reconnais dans presque chaque phrase de ça. J’ai honte de vous avouer que je subis ma vie.


Talent, force et inspiration – Juin

Il y a deux de mes découvertes que j’aimerais partager avec vous. Ce ne sont pas des perles rares que j’ai trouvées au détour d’une rue déserte, ce sont juste des perles rares que la plupart des gens connaissent déjà, merci les réseaux sociaux. Alors voilà, je vais en remettre une couche et soyez bien sûr.e.s qu’elles n’ont pas besoin de moi pour avoir du succès :

Talent, force et inspiration - Juin dans Chroniques d'un Gourou
Alors oui la photo est vieille mais elle est chouette.

Les premières, ce sont les LEJ. Je les ai découvertes presque comme vous, à la mi-2015. Elles étaient les invitées d’une émission de là-bas si j’y suis (celle-ci), faisaient des reprises de NTM, déjà des créations originales, et avaient une discussion intéressante. Ceci à 21 ans « seulement ». Et, j’avoue, j’ai un faible pour le violoncelle. Déjà, j’étais intéressée. Quelle ne fut pas ma surprise, deux mois plus tard, quand leur mashup des tubes de l’été 2015 fait le tour du monde. Décidément, je les aime.

Tout ceci était il y a longtemps, mais en juin cette année, les revoilà avec leur premier album à elles, le second en fait, mais cette fois ci avec des créations originales. Et j’adore. Je l’ai écouté en boucle pendant deux semaines. J’ai aussi suivi leurs interviews sur toutes les grandes chaînes de télévision … ça change de là bas ! Enfin voilà, c’est vraiment un coup de cœur, j’aime comment elles composent, comment elles chantent, comment elles jouent.

Mon second coup de cœur, c’est Marine Leleu. Ouais, là aussi, tout le monde la connaît, bouh, tu nous embête. Alors pareil pour elle : je savais qu’elle existait depuis un bon paquet de mois, je l’avais découverte en passant de blog en blog – même si elle n’a pas de blog. Je n’avais pas encore Instagram, je n’avais pas pu la suivre. Puis l’ai eu instagram, mais je trouvais qu’elle partageait quand même des publicités, bref.

Là, je reviens jeter un coup d’œil à son compte et je me suis retrouvée à suivre une athlète impressionnante qui se prépare à un défi, un projet, une course impressionnant.e aussi ! Autant vous dire que le week-end du 24 juin, j’étais collée à mon téléphone de prêt dès que je pouvais pour guetter des nouvelles histoires sur insta. Cette madame a terminé un Enduroman à 26 ans, en décrochant le record féminin en prime. Voici une moyenne (+20mn) super vidéo qui vient de sortir et qui explique assez l’exploit, c’est mieux que mes mots :

Image de prévisualisation YouTube

Voilà, je voulais partager ceci. Je suis un peu éparpillée en ce moment, j’ai du retard partout, je reviens vite.

 


« La société du numérique »

Il y a deux semaines, mon téléphone portable m’a lâchée. Il avait un peu plus de deux ans, et je lui faisais sa pub dès que j’en avais l’occasion : « il a certes coûté un peu cher, mais regardez moi cet écran sans rayures, ces performances, ce clavier utra-pratique, et tout ça depuis deux ans ». J’étais sûre qu’il durerait au moins deux ans de plus, au moins le temps que des appareils vraiment plus performants arrivent sur le marché.

Puis j’ai fait une mise à jour androïd et il n’a jamais redémarré. Seulement une LED bleue clignotante. J’ai d’abord tout essayé par moi-même, parcouru des forums, trouvé des gens qui avaient eu le même problème – leurs questions étaient restées sans réponses aussi. J’ai été voir un premier réparateur qui m’a prise pour une quiche : « Il n’y a plus d’affichage, on vous change l’écran ». Puis un second réparateur qui a compris mon souci, qui m’a écoutée raconter le problème et les solutions que j’ai tentées (étant plutôt familiarisée avec stackoverflow, je pense que je sais expliquer quand j’ai un problème). Il m’a dit qu’il allait essayer, qu’il avait déjà eu affaire à ce problème une fois avec un modèle plus ancien.

Et soudain… Le vide

Mais non, la semaine suivante il n’avait pas pu le réparer. Je lui ai laissé l’appareil pour pièces pour que ça ne soit pas perdu pour tout le monde, et je sais qu’il est gagnant : tout le hardware (le matériel) était encore en parfait état. Juste un problème de software (logiciel, donc) et … foutu.

Comment te dire que je suis dégoutée ? J’étais même triste. Pour un vulgaire appareil. Parce que ces deux dernières années, mon rapport au téléphone portable a beaucoup changé : avant ce téléphone, je n’utilisais pas ou peu d’applications, disons juste Mozilla Firefox et avec je me rendais sur le reste (même facebook ? Oui). Peut-être que j’avais aussi l’appli de covoiturage.fr. J’utilisais encore un appareil photo même si mon téléphone en faisait? J’utilisais encore un lecteur MP4 même si mon téléphone pouvait stocker de la musique. Il y a deux ans et demi, je n’utilisais presque jamais le GPS.

Et aujourd’hui … Aujourd’hui mon téléphone lâche et je perds mon accès rapide à mes remboursements de la sécu (ameli.fr, l’appli est moche mais franchement pratique), à mes comptes en banque, à mes horaires de transports en commun, à ma musique, à mon appareil photo (18 Megapixels !!), mes podcasts radio, le journal Le Monde tous les matins, mes entraînements de course à pieds et de musculation, mes alertes quand la qualité de l’air est mauvaise (#paris). J’ai dû en oublier. Mettons aussi Instagram, je l’ai depuis moins d’un an mais je m’y habituais bien. Ce n’est pas spécialement l’appareil mais aussi toutes ces dépendances. C’est un peu comme perdre ses clés. Il y avait un peu ma maison là-dedans.

Quand j’avais encore mon précédent téléphone, je mettais un point d’honneur à ce qu’il soit utilisé principalement comme un téléphone – pas un smartphone, en gros. L’appareil photo et le lecteur MP4 séparés, ça en faisait partie. Bien sûr qu’il y a deux ans il y avait déjà des applications de partout, c’était pas 2007 et le premier Iphone, premier truc à fonctionner avec des applications et pas juste un dossier « jeux » avec snake, un dossier « messages » avec reçusenvoyésbrouillons.

Mais quand même. Je me rends compte assez brusquement que ça a changé. J’ai cédé à ce changement alors que je m’étais promis de faire gaffe. Il faut toujours se méfier quand tout devient trop facile. Je ne sais pas à quoi va servir cet article.

Et toi, tu entretiens un relation avec ton téléphone ? Tu me conseillerais d’acheter quoi si je veux un truc qui me lâche pas bêtement au bout de deux ans ?

PS : ce titre est entre guillemets parce que c’est une référence – qui va trouver ?


On n’a plus vingt ans

Dans ma famille, il y a ma grand mère qui se rappelle sa jeunesse à 21 ans, mes parents qui se rappellent leur jeunesse à 18 ans, mes grandes sœurs qui se rappellent leurs seize ans. En toute logique, je pourrais me rappeler de mes quatorze ans comme de l’époque de mes premières fois, de ma liberté, du début de mon chemin vers l’âge adulte.

On n'a plus vingt ans dans Chroniques d'un Gourou img_2018
Se perdre un peu entre le jour et la nuit

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé pour des gens de ma génération. Il y a cette dynamique, qui somme toute est une bonne chose : les jeunes sont plus libres, attendre la majorité devient un détail. C’est aussi une dérive : il faut faire cette distinction entre jeune et enfant, et la transition ne se fait pas au même moment pour tout le monde. Je suis peut-être ringarde mais à défaut de les enfermer, laissons les enfants avoir une enfance. Iels auront des poils et des seins bien assez tôt (enfin pas tout le monde pour les seins).

En discutant, en écoutant les gens parler, j’ai remarqué un truc : dans mon entourage, on a vingt ans plus ou moins quelques années. Et on parle comme des vieux, on se rappelle nos jeunes années. Les gens, c’est encore maintenant les jeunes années ! C’est encore maintenant parce qu’on est encore des jeunes du point de vue des réductions, puis aussi et surtout parce que si on décide que tout cela est derrière nous, comment on fait pour vivre sans regrets ? Je préfère faire un truc maintenant plutôt que faire une truc maintenant et me dire que j’aurais dû le faire étant jeune. Oui, il n’y a que le point de vue qui change.

Parce que je n’y peux rien aussi, mais je me sens dépassée. Tous ces gens qui ont tout fait très vite, à l’image de la performance que l’on valorise, les gens qui ont le bac à treize ans, tout ça, ça me fait me sentir en retard. Et pourtant je suis jeune encore. Mais aurais-je le temps de tout faire dans ma jeunesse ? M’engager dans une association, séduire plein de gens, « faire » la Loire à vélo, essayer des drogues, lire l’intégrale de Zola, prendre l’avion, manger des bananes ?  Question subsidiaire : en ai-je besoin ?

La solution que j’ai trouvée est la suivante : décider que ma jeunesse va poser ses bagages ici et repartir plus tard. Qu’elle me laisse vivre. Que je ne sois pas déjà à regretter mes 15 ans où je n’ai rien fait.


Le défi d’une vie

Cette semaine, j’ai accompli quelque chose que je pensais impossible depuis longtemps. Vous pouvez dès à présent préparer des messages de félicitations et des encouragements (on ne sait jamais).

Contexte : alors âgée de six ans, je décide qu’il suffit, et que parmi tous les aliments douteux servis à la cantine il y a le pire, la source de tous nos maux : la banane. J’ai décidé de blâmer la cantine parce que c’est vrai que là bas, soit elles étaient trop mûres, soit pas assez, et cela résultait toujours en une texture étrange et peu avenante. C’est, en tous cas, ce que j’ai rapporté à la maison : « je ne veux plus manger de bananes« . Dans la classe, il y avait une autre personne qui n’aimait pas ça, alors j’avais bien le droit de le faire moi aussi.

Sauf que, cette personne a recommencé à en manger au bout de quelques années. Je me sentais assez seule : tout le monde, dans mon entourage, mange des bananes. Et puis vous savez, c’est bon pour la santé. Vitamines A, B1, B2, C, bon anti-anémique (mais c’est parfait pour moi dis donc) parce que continent du fer et du cuivre, contient aussi d’ailleurs potassium et sodium. C’est même recommandé en période de croissance et c’est vrai qu’à l’école, nombreux étaient celleux qui avaient une banane pour le gouter de 10 heures. Moi, j’avais des graines de tournesol – l’addiction, si jeune… Enfin, j’ai tout de même bien grandi et je vous soutiendrai que les pommes sont plus pratiques, parce qu’on peut tout manger (pas de peau visqueuse dégueulasse à jeter) et ça ne s’écrase pas au fond du sac.

Le défi d'une vie dans Chroniques d'un Gourou img_2016

Je n’ai pas trop mal vécu ce caprice alimentaire. Je mange de tout sinon, que ça soit une salade de quinoa aux herbes ou un bon vieux steak-frites, la vie est donc simple. Il reste seulement l’incompréhension des gens (je l’ai déjà dit : bah pourtant, c’est très bon la banane !). Mais récemment, j’ai 1) été contrainte à faire plus gaffe à mon alimentation 2) commencé à faire du sport plus que d’habitude. C’est là que la banane revient à coups de vitamines, de minéraux et de glucides #.

Alors voilà, ça fait 16 ans que je refuse d’en manger, parce que l’odeur, parce que la texture, parce que probablement le goût mais j’avoue je ne m’en souviens pas. Récemment, on (Melgane) m’a dit : il faudrait que chaque jour on tente de faire quelque chose qui nous fait peur. Et on dirait pas comme ça, mais c’est quand même une peur considérable (oui, je suis fragile). Mais c’est une peur stupide et sauf allergie, il serait dommage de la laisser vivre sa vie.

Alors j’ai acheté des bananes.

Sache que j’ai horreur de jeter la nourriture : il n’y a pas de retour arrière possible (!) J’en ai pris une, je l’ai découpée et mise dans un bol (photo ci-dessus). Elle ressemblait encore trop à une banane, et l’odeur était trop celle d’une banane. [Attention recette] J’ai mis du lait végétal à chauffer dans une casserole, j’y ai rajouté des flocons d’avoine et du cacao en poudre, j’ai attendu que ça gonfle puis j’ai rajouté une cuillerée de beurre de cacahuète. J’ai versé ce mélange sur les bananes. J’ai mélangé avec assez de violence pour que les tranches de bananes soient réduites en purée. Plus d’odeur de banane, le chocolat a gagné.

img_2017 bouffe dans Chroniques d'un Gourou

En vrai c’est bon même si ça a une sale gueule

Le goût qui est resté était surtout un goût sucré, et un peu celui de l’odeur de la banane. C’était particulier, parce que je me suis habituée à décider que je n’aimais pas. Mais c’est seulement la peur de l’inconnu, du différent de d’habitude. Je peux manger de la banane, il y a seulement mon corps qui m’envoie des signaux de surprise type « Mais diantre, que fais tu donc ? »

Alors voilà, c’était ma petite victoire de la semaine. J’ai brisé 16 ans d’abstinence – et ce n’est absolument pas sexuel (sauf pour Freud, ne ramenez pas Freud sur ce blog svp).


Tous à poil

Au début, on partait plus pour un titre comme « Ode à la nudité », mais j’étais pas d’humeur.

Il y a deux semaines, nous jouions au volley et faisions du yoga dans un parc de Munich avec des amis. Mais, pour être un peu plus tranquille, certains avaient proposé de s’installer dans la partie nudiste. Alors oui, ça fait un drôle d’effet d’être assis.es dans l’herbe avec autour des vieux allemands nus. Il y avait aussi un couple de jeunes mais plus loin, alors nous avons eu droit au spectacle amusant d’un homme vêtu uniquement de chaussettes hautes faisant des jongles avec un ballon de foot et s’essayant au poirier.

Cela dit, il ne se donnait pas en spectacle. Il y avait certes quelque chose de provoquant, une sorte de défi dans le fait de tenter des positions bizarres et de beaucoup se mouvoir. Ce n’était pas le comportement du nudiste à la plage qui fait juste le trajet eau – serviette et qui se laisse bronzer tranquillement, c’était plutôt notre comportement à nous de jeunes avec un ballon et des envies de tester le yoga. Il ne se donnait pas en spectacle parce qu’il restait dans son coin, nous n’étions pas obligé.e.s de regarder. J’ai d’ailleurs ri de le voir faire le poirier nu et en chaussettes, puis je suis retournée à mes occupations.

Tous à poil dans Chroniques d'un Gourou IMG_20180414_1546080%2B%25282%2529

Nous en avons discuté avec une amie, elle disait qu’il est dommage que le corps soit autant sexualisé, parce que ce genre de comportement devient gênant et il ne devrait pas. Pour ma part, j’avais interprété la chose à l’envers (comme le mec, huhu) : avec ce genre de comportement, on ne perçoit plus le corps comme « sexualisé ». Nous n’avons pas eu la même éducation ni le même cadre, c’est donc tout à fait normal que notre rapport au corps – à celui des autres – soit différent. Je ne saurais pas retranscrire tout ce qu’elle a dit et ce n’est pas mon rôle, mais voici mon point de vue :

Le corps peut être désirable sans être sexualisé

A l’adolescence, je n’étais pas occupée à draguer, ni à être draguée. Ma sexualité était un truc « qui viendrait plus tard », ça ne m’inquiétait pas et m’intéressait peu. Pourtant, je regardais les gens, j’analysais l’harmonie des corps sans trop comprendre ni structurer. Juste des fois, je me disais que telle personne était jolie, que tel corps était désirable – non pas pour entrer en contact avec, mais plutôt parce que j’aurais aimé l’essayer, vivre un instant avec cet autre corps et apprécier d’avoir des épaules plus larges, des jambes plus musclées, un torse sur lequel une chemise n’aurait pas l’air d’un torchon. Et même aujourd’hui, où j’ai une sexualité, c’est toujours plus ou moins le cas. 

Le corps peut ne pas être désirable, dans ce cas autant ne pas le sexualiser

Je l’ai dit, il y avait un couple de jeunes parmi les nudistes, et ils étaient loin. Autour de nous, que des hommes vieux et plein de plis. Sans vouloir surjouer la déception, je dirais seulement que la vue de ces corps nus n’a rien éveillé de particulier en moi, sinon le rire de la surprise. En discutant, j’ai pensé à ce qui pouvait mettre les autres mal à l’aise : l’association corps-sexualité rend les choses beaucoup moins fun. L’espace d’un instant, j’ai associé l’idée de sexualité à ces corps vieux et nus, ça a été tout de suite glauque. C’est sociétal je pense : on dit « un vieux pervers » et on a du mal à s’imaginer une sexualité « normale » chez les personnes âgées. En tant que fille puis femme, c’est des hommes un peu âgés et un peu seuls qu’on m’a dit de me méfier, et c’est ainsi que dans notre esprit le vieux nu devient l’agresseur : restons serein.e.s et détachons la sexualité de leur corps, ça rassure.

Des nudistes – qui ne sont pas des exhibitionnistes, cela n’a rien d’oppressif

Ils illustrent d’ailleurs un idéal, celui de se contreficher (quelle belle tournure) du regard des autres, et celui de s’accepter suffisamment pour montrer son corps. Montrer son corps peut être thérapeutique (je ne crois pas que ça soit la bonne tournure là par contre), certain.e.s ont parfois recours à la photo de nu pour s’accepter, s’aimer, se trouver beau.lle. Du point de vue de l’observateur – pas du voyeur – je trouve ça intéressant dans la mesure où le corps ne sera pas mis en scène, il est juste vivant, visible, véritable (En Vérité ce Velouté de Verbiage Vire Vraiment au Verbeux #), et on relativise.

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Des pieds nus

Il y aurait encore pas mal de choses à dire, notamment comme je l’ai évoqué : la relation au corps qui change avec l’éducation qu’on a eue, mais aussi se demander ce qui motive à faire du nudisme parce que c’est quand même quelque chose de se promener nu dans un parc plein de monde – pas comme aller bronzer dans son jardin tranquillou, l’envie de pouvoir se passer de jugement sur son corps avant d’être vieux (eh oui, si ces vieux plein de plis étaient tout à coup moins vieux et moins pliés ? Seraient-ils prêts à passer sous les yeux de tout ce monde ?), ou bien se poser la question de « pourquoi seulement des vieux et pas des vieilles ? »

Et bien sûr, si tu veux réagir : ça te dérangerait toi, de faire du volley sur une pelouse nudiste ?

 


Liberté ou expression

J’ai de nouveaux ennemis, ou de nouveaux moulins à combattre, ou alors il faut à nouveau que je me calme.

Depuis des mois, peut-être des années, il y a des choses qui se disent de moins en moins, il faut appliquer cette pseudo bienséance - s’excuser avant de s’affirmer, feindre l’humour pour s’exprimer. Donc déjà, j’ai appris à tourner en dérision mes convictions pour pouvoir en parler.

Mais aujourd’hui je bloque. Je me heurte aux murs des convictions des autres d’une part, de la lutte contre les fausses informations de l’autre. J’en ai déjà parlé, c’est un problème philosophique, la recherche de la vérité. Donc bien sûr, on compte sur les médias – et sur n’importe quel individu – pour rapporter des faits réels (la réalité, elle, ne change pas), mais ensuite on se retrouve bien embêtés avec tout ce qui requiert de l’interprétation, tout ce qui embarque un peu d’opinion.

Liberté ou expression dans Chroniques d'un Gourou ello-optimized-f519f6d0
Ello, @stuz0r

Cela fait déjà un certain temps que j’oppose mes convictions à mon avenir #. Si j’hésite à partir manifester parce qu’un potentiel employeur pourrait trouver des photos de moi, si j’hésite à poster un article parce qu’un collègue pourrait tomber dessus, si j’hésite à noter sur mon CV qui je me suis investie dans une association LGBT et féministe.

J’ai la sensation que l’étau se resserre. Alors que certains vont revendiquer leur droit à un racisme décomplexé (je ne sais plus l’expression qu’ils utilisent), ici j’ai juste envie de tout renverser autour de moi et de pouvoir à nouveau respirer.

Je voudrais juste partager ce qui pour moi est un évidence mais pour les autres c’est une hérésie.


Je deviens narcissique

On nous avait prévenus : pensons à nous, concentrons-nous sur notre bonheur, il faut s’aimer pour pouvoir aimer les autres, il faut être bien dans sa peau pour pouvoir supporter le poids du monde.

Il faut prendre le temps pour te cuisiner des repas parfaitement adaptés à ta morphologie et à ton but dans la vie. Il faut faire plusieurs activités sportives régulières. Tout cela évidemment, dans le but d’avoir une vie sociale épanouissante au possible et un corps de rêve.

Je deviens narcissique dans Chroniques d'un Gourou ello-optimized-ac89a415

« Transient Sculpture » by Neal Grundy, @inag on ello.co

J’ai rayé la case de la vie sociale épanouissante pour un temps. J’ai cru que je n’en avais pas besoin. Je continue à croire que je peux m’en passer. Et voilà : j’ai modifié mon alimentation et je mange encore symboliquement de la viande au moins une fois par mois pour ne pas tomber dans la case « végétarien.ne », j’ai commencé à suivre un programme de préparation à un semi-marathon alors que je n’ai pas prévu de courir un semi-marathon (enfin maintenant, j’en cherche un). En parallèle, je suis un programme de musculation au poids du corps de 12 semaines pour « voir mon corps se transformer ».

Est-ce que j’en ai vraiment besoin ou même envie ? Je m’efforce de ne pas y penser. Mais quand j’y pense, je me sens comme un pur produit de la société de consommation. Je suis les tendances et obtiens de quoi m’inventer une vie. Cette façon d’ »apprendre à s’aimer » est tout à fait biaisée : je regarde, en effet, mon corps se « transformer », et ça me rend fière. Et ça me donne envie d’aller plus loin. Mais ce n’est pas de moi que je suis fière, ce n’est probablement pas ma personne qui reçoit de l’amour – mon amour. Je regarde une projection dans la glace. Je suis Narcisse qui va tomber dans l’eau.

Il fallait bien que je trouve à m’occuper, ici où je connais peu de monde et où je ne parle même pas la langue. Mais c’est un peu une impasse – si je m’occupe autant, je rencontrerai peu de monde et je n’apprendrai pas la langue. Je reste là, à regarder mon image que je travaille, et je tente de m’en satisfaire.

 ello-optimized-a382d1e8 amour dans Chroniques d'un Gourou

@esdanielbarreto

Dîtes, comment on arrête d’être un produit, quand-est-ce qu’on fait face à nos émotions ?


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