Je n'ai qu'une chose à te dire…


Cette colère sourde

Hier, comme tous les premiers lundis du mois, j’enrageais. Je voulais crier ma colère contre tous ces privilégiés qui ne se posent pas de question, contre ces gens pour qui la vie s’arrête aux portes à codes de leur résidence neuve sécurisée. Il y a des choses contradictoires qui se font face dans ma tête chaque premier lundi du mois, et ça va au-delà de ce que je constate en revenant du boulot, dans ce cas : la collecte des encombrants.

Cette colère sourde dans Chroniques d'un Gourou img_2017

Entre chez moi et la gare, il y a un des quartiers riches de la ville : petits immeubles de moins de 4 étages, routes neuves en sens unique, trottoirs larges et arborés. C’est tout calme et le matin je croise des gens qui promènent leur chien d’appartement ou qui emmènent leur enfant sage à l’école. J’aime bien passer dans ce quartier, et chaque premier lundi du mois tout s’effondre : leurs caves se mettent soudain à recracher tout ce qui était indésirable chez eux. Les trottoirs larges et propres se recouvrent de tas gigantesques de choses que l’on destine à la déchetterie. Ces tas se composent d’abord de cartons. Une multitude de cartons où il est souvent écrit le nom bien connu d’une entreprise de commerce en ligne. A part que ces cartons auraient peut-être leur place dans un bac de recyclage, je n’ai rien à dire.
Mêlés à ces cartons, on trouve de tout, c’est le propre des encombrants. Mais pas de tout comme dans mon quartier où ce sont des plaques de bois compressé cassées ou des tuyaux d’aspirateurs ou des lavabos cassés. Non, chez ces gens-là on trouve des fauteuils, des canapés, des poussettes, des sommiers, des matelas, des vélos d’enfants, et aussi des fameuses plaques de bois compressé, parce que la grande enseigne d’ameublement nordique ravit toutes les classes sociales (enfin, les moyennes), mais parfois pour une durée limitée.
Chaque premier lundi du mois donc, je rage car je vois tous ces meubles quasi neufs, rayés seulement depuis qu’ils ont été entassés aux encombrants, s’échouer tristement sur la chaussée. Il y a du monde qui comme moi, rôde autour de ces tas pour voir s’il n’y a pas quelque chose à récupérer, il y a même des gens qui viennent à la pêche avec une camionnette. Souvent, je suis passée sous la pluie, et je voyais les matelas se gorger doucement d’eau en pensant à ceux qui n’en avaient pas de si bons.
Ce quartier calme et propre, c’est le quartier de la honte. C’est le quartier de ceux qui, par leur fenêtre, voient les gens qu’ils ne croisent jamais en train de récupérer leurs déchets. C’est pourtant aussi le quartier, à en croire les statistiques, d’où viennent les « jeunes éduqués » qui manifestent pour le climat – parce qu’ils sont nombreux, ceux qui s’inquiètent d’abord de pouvoir dormir et manger avant d’avoir le temps de regarder le climat changer.

Alors hier, je me suis dit que la marge de manœuvre était bien étroite, s’il fallait supporter que les riches abreuvent les pauvres de leurs déchets, que les multinationales abreuvent ces riches de leurs produits, que ces produits soient produits par encore plus pauvres, et qu’au milieu de tout ça il faille trouver des gens qui ont le temps, la conviction et les moyens de protester contre ce système, cette injustice, ce non-sens.

Alors je vais continuer à espérer que le changement vienne de nous-mêmes, parce que rien ni personne ne peut affronter le monde seule. Je nous souhaite d’avoir du courage et de la raison, beaucoup d’espoir et de patience.

Pardon pour cette opposition naïve riche/pauvre, je n’ai pas la patience pour m’exprimer proprement aujourd’hui.


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