Je n'ai qu'une chose à te dire…



Tous à poil

Au début, on partait plus pour un titre comme « Ode à la nudité », mais j’étais pas d’humeur.

Il y a deux semaines, nous jouions au volley et faisions du yoga dans un parc de Munich avec des amis. Mais, pour être un peu plus tranquille, certains avaient proposé de s’installer dans la partie nudiste. Alors oui, ça fait un drôle d’effet d’être assis.es dans l’herbe avec autour des vieux allemands nus. Il y avait aussi un couple de jeunes mais plus loin, alors nous avons eu droit au spectacle amusant d’un homme vêtu uniquement de chaussettes hautes faisant des jongles avec un ballon de foot et s’essayant au poirier.

Cela dit, il ne se donnait pas en spectacle. Il y avait certes quelque chose de provoquant, une sorte de défi dans le fait de tenter des positions bizarres et de beaucoup se mouvoir. Ce n’était pas le comportement du nudiste à la plage qui fait juste le trajet eau – serviette et qui se laisse bronzer tranquillement, c’était plutôt notre comportement à nous de jeunes avec un ballon et des envies de tester le yoga. Il ne se donnait pas en spectacle parce qu’il restait dans son coin, nous n’étions pas obligé.e.s de regarder. J’ai d’ailleurs ri de le voir faire le poirier nu et en chaussettes, puis je suis retournée à mes occupations.

Tous à poil dans Chroniques d'un Gourou IMG_20180414_1546080%2B%25282%2529

Nous en avons discuté avec une amie, elle disait qu’il est dommage que le corps soit autant sexualisé, parce que ce genre de comportement devient gênant et il ne devrait pas. Pour ma part, j’avais interprété la chose à l’envers (comme le mec, huhu) : avec ce genre de comportement, on ne perçoit plus le corps comme « sexualisé ». Nous n’avons pas eu la même éducation ni le même cadre, c’est donc tout à fait normal que notre rapport au corps – à celui des autres – soit différent. Je ne saurais pas retranscrire tout ce qu’elle a dit et ce n’est pas mon rôle, mais voici mon point de vue :

Le corps peut être désirable sans être sexualisé

A l’adolescence, je n’étais pas occupée à draguer, ni à être draguée. Ma sexualité était un truc « qui viendrait plus tard », ça ne m’inquiétait pas et m’intéressait peu. Pourtant, je regardais les gens, j’analysais l’harmonie des corps sans trop comprendre ni structurer. Juste des fois, je me disais que telle personne était jolie, que tel corps était désirable – non pas pour entrer en contact avec, mais plutôt parce que j’aurais aimé l’essayer, vivre un instant avec cet autre corps et apprécier d’avoir des épaules plus larges, des jambes plus musclées, un torse sur lequel une chemise n’aurait pas l’air d’un torchon. Et même aujourd’hui, où j’ai une sexualité, c’est toujours plus ou moins le cas. 

Le corps peut ne pas être désirable, dans ce cas autant ne pas le sexualiser

Je l’ai dit, il y avait un couple de jeunes parmi les nudistes, et ils étaient loin. Autour de nous, que des hommes vieux et plein de plis. Sans vouloir surjouer la déception, je dirais seulement que la vue de ces corps nus n’a rien éveillé de particulier en moi, sinon le rire de la surprise. En discutant, j’ai pensé à ce qui pouvait mettre les autres mal à l’aise : l’association corps-sexualité rend les choses beaucoup moins fun. L’espace d’un instant, j’ai associé l’idée de sexualité à ces corps vieux et nus, ça a été tout de suite glauque. C’est sociétal je pense : on dit « un vieux pervers » et on a du mal à s’imaginer une sexualité « normale » chez les personnes âgées. En tant que fille puis femme, c’est des hommes un peu âgés et un peu seuls qu’on m’a dit de me méfier, et c’est ainsi que dans notre esprit le vieux nu devient l’agresseur : restons serein.e.s et détachons la sexualité de leur corps, ça rassure.

Des nudistes – qui ne sont pas des exhibitionnistes, cela n’a rien d’oppressif

Ils illustrent d’ailleurs un idéal, celui de se contreficher (quelle belle tournure) du regard des autres, et celui de s’accepter suffisamment pour montrer son corps. Montrer son corps peut être thérapeutique (je ne crois pas que ça soit la bonne tournure là par contre), certain.e.s ont parfois recours à la photo de nu pour s’accepter, s’aimer, se trouver beau.lle. Du point de vue de l’observateur – pas du voyeur – je trouve ça intéressant dans la mesure où le corps ne sera pas mis en scène, il est juste vivant, visible, véritable (En Vérité ce Velouté de Verbiage Vire Vraiment au Verbeux #), et on relativise.

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Des pieds nus

Il y aurait encore pas mal de choses à dire, notamment comme je l’ai évoqué : la relation au corps qui change avec l’éducation qu’on a eue, mais aussi se demander ce qui motive à faire du nudisme parce que c’est quand même quelque chose de se promener nu dans un parc plein de monde – pas comme aller bronzer dans son jardin tranquillou, l’envie de pouvoir se passer de jugement sur son corps avant d’être vieux (eh oui, si ces vieux plein de plis étaient tout à coup moins vieux et moins pliés ? Seraient-ils prêts à passer sous les yeux de tout ce monde ?), ou bien se poser la question de « pourquoi seulement des vieux et pas des vieilles ? »

Et bien sûr, si tu veux réagir : ça te dérangerait toi, de faire du volley sur une pelouse nudiste ?

 


  1. Anne-So - Ze PermaLab écrit:

    Intéressante cette idée « d’essayer d’autres corps désirables », ça me plairait beaucoup de ressentir ce que ça fait d’être un corps différent.

    « se demander ce qui motive à faire du nudisme » –> moi je me demande plutôt pourquoi le nudisme est si tabou. Quand les conditions climatiques le permettent, je pense que ça devrait être normal de pouvoir se balader/faire sa vie nue – après tout, on ne naît pas en costume cravate. Il me semble que ça dédramatiserait beaucoup les choses (on aurait, entre autres, moins de complexes à voir la réalité du corps des autres) et comme tu le dis, ça réduirait cette sexualisation si permanente : après avoir vu quelques verges balloter dans une course effrénée après un ballon ou des fesses tressauter pendant un entraînement de corde à sauter, ce qui aujourd’hui intrigue et « tend » parce que caché et considéré comme secret/honteux deviendrait aussi normal que toute autre chose – comme un gosse de 3 ans qui se balade à poils, ce qui ne choque personne.

    Personnellement, j’aime tellement les sensations de la peau nue (le vent, le soleil, la pierre, la terre, la chaleur, le frais, l’eau, le sable) que je voudrais pouvoir vivre les saisons chaudes sans vêtement ! Ce sera peut-être ma prochaine expérience : vivre à poil à la maison sans craindre qu’un.e visiteu.se.r me voie. Oui, donc, pour faire du volley sur une pelouse nudiste, si tou.te.s les participant.e.s se mettent en tenue d’Eve/Adam :-)

    Citer | Posté 26 juin 2018, 26 juin 2018 à 19 h 40 min

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