Je n'ai qu'une chose à te dire…


Le défi d’une vie

Cette semaine, j’ai accompli quelque chose que je pensais impossible depuis longtemps. Vous pouvez dès à présent préparer des messages de félicitations et des encouragements (on ne sait jamais).

Contexte : alors âgée de six ans, je décide qu’il suffit, et que parmi tous les aliments douteux servis à la cantine il y a le pire, la source de tous nos maux : la banane. J’ai décidé de blâmer la cantine parce que c’est vrai que là bas, soit elles étaient trop mûres, soit pas assez, et cela résultait toujours en une texture étrange et peu avenante. C’est, en tous cas, ce que j’ai rapporté à la maison : « je ne veux plus manger de bananes« . Dans la classe, il y avait une autre personne qui n’aimait pas ça, alors j’avais bien le droit de le faire moi aussi.

Sauf que, cette personne a recommencé à en manger au bout de quelques années. Je me sentais assez seule : tout le monde, dans mon entourage, mange des bananes. Et puis vous savez, c’est bon pour la santé. Vitamines A, B1, B2, C, bon anti-anémique (mais c’est parfait pour moi dis donc) parce que continent du fer et du cuivre, contient aussi d’ailleurs potassium et sodium. C’est même recommandé en période de croissance et c’est vrai qu’à l’école, nombreux étaient celleux qui avaient une banane pour le gouter de 10 heures. Moi, j’avais des graines de tournesol – l’addiction, si jeune… Enfin, j’ai tout de même bien grandi et je vous soutiendrai que les pommes sont plus pratiques, parce qu’on peut tout manger (pas de peau visqueuse dégueulasse à jeter) et ça ne s’écrase pas au fond du sac.

Le défi d'une vie dans Chroniques d'un Gourou img_2016

Je n’ai pas trop mal vécu ce caprice alimentaire. Je mange de tout sinon, que ça soit une salade de quinoa aux herbes ou un bon vieux steak-frites, la vie est donc simple. Il reste seulement l’incompréhension des gens (je l’ai déjà dit : bah pourtant, c’est très bon la banane !). Mais récemment, j’ai 1) été contrainte à faire plus gaffe à mon alimentation 2) commencé à faire du sport plus que d’habitude. C’est là que la banane revient à coups de vitamines, de minéraux et de glucides #.

Alors voilà, ça fait 16 ans que je refuse d’en manger, parce que l’odeur, parce que la texture, parce que probablement le goût mais j’avoue je ne m’en souviens pas. Récemment, on (Melgane) m’a dit : il faudrait que chaque jour on tente de faire quelque chose qui nous fait peur. Et on dirait pas comme ça, mais c’est quand même une peur considérable (oui, je suis fragile). Mais c’est une peur stupide et sauf allergie, il serait dommage de la laisser vivre sa vie.

Alors j’ai acheté des bananes.

Sache que j’ai horreur de jeter la nourriture : il n’y a pas de retour arrière possible (!) J’en ai pris une, je l’ai découpée et mise dans un bol (photo ci-dessus). Elle ressemblait encore trop à une banane, et l’odeur était trop celle d’une banane. [Attention recette] J’ai mis du lait végétal à chauffer dans une casserole, j’y ai rajouté des flocons d’avoine et du cacao en poudre, j’ai attendu que ça gonfle puis j’ai rajouté une cuillerée de beurre de cacahuète. J’ai versé ce mélange sur les bananes. J’ai mélangé avec assez de violence pour que les tranches de bananes soient réduites en purée. Plus d’odeur de banane, le chocolat a gagné.

img_2017 bouffe dans Chroniques d'un Gourou

En vrai c’est bon même si ça a une sale gueule

Le goût qui est resté était surtout un goût sucré, et un peu celui de l’odeur de la banane. C’était particulier, parce que je me suis habituée à décider que je n’aimais pas. Mais c’est seulement la peur de l’inconnu, du différent de d’habitude. Je peux manger de la banane, il y a seulement mon corps qui m’envoie des signaux de surprise type « Mais diantre, que fais tu donc ? »

Alors voilà, c’était ma petite victoire de la semaine. J’ai brisé 16 ans d’abstinence – et ce n’est absolument pas sexuel (sauf pour Freud, ne ramenez pas Freud sur ce blog svp).


Tous à poil

Au début, on partait plus pour un titre comme « Ode à la nudité », mais j’étais pas d’humeur.

Il y a deux semaines, nous jouions au volley et faisions du yoga dans un parc de Munich avec des amis. Mais, pour être un peu plus tranquille, certains avaient proposé de s’installer dans la partie nudiste. Alors oui, ça fait un drôle d’effet d’être assis.es dans l’herbe avec autour des vieux allemands nus. Il y avait aussi un couple de jeunes mais plus loin, alors nous avons eu droit au spectacle amusant d’un homme vêtu uniquement de chaussettes hautes faisant des jongles avec un ballon de foot et s’essayant au poirier.

Cela dit, il ne se donnait pas en spectacle. Il y avait certes quelque chose de provoquant, une sorte de défi dans le fait de tenter des positions bizarres et de beaucoup se mouvoir. Ce n’était pas le comportement du nudiste à la plage qui fait juste le trajet eau – serviette et qui se laisse bronzer tranquillement, c’était plutôt notre comportement à nous de jeunes avec un ballon et des envies de tester le yoga. Il ne se donnait pas en spectacle parce qu’il restait dans son coin, nous n’étions pas obligé.e.s de regarder. J’ai d’ailleurs ri de le voir faire le poirier nu et en chaussettes, puis je suis retournée à mes occupations.

Tous à poil dans Chroniques d'un Gourou IMG_20180414_1546080%2B%25282%2529

Nous en avons discuté avec une amie, elle disait qu’il est dommage que le corps soit autant sexualisé, parce que ce genre de comportement devient gênant et il ne devrait pas. Pour ma part, j’avais interprété la chose à l’envers (comme le mec, huhu) : avec ce genre de comportement, on ne perçoit plus le corps comme « sexualisé ». Nous n’avons pas eu la même éducation ni le même cadre, c’est donc tout à fait normal que notre rapport au corps – à celui des autres – soit différent. Je ne saurais pas retranscrire tout ce qu’elle a dit et ce n’est pas mon rôle, mais voici mon point de vue :

Le corps peut être désirable sans être sexualisé

A l’adolescence, je n’étais pas occupée à draguer, ni à être draguée. Ma sexualité était un truc « qui viendrait plus tard », ça ne m’inquiétait pas et m’intéressait peu. Pourtant, je regardais les gens, j’analysais l’harmonie des corps sans trop comprendre ni structurer. Juste des fois, je me disais que telle personne était jolie, que tel corps était désirable – non pas pour entrer en contact avec, mais plutôt parce que j’aurais aimé l’essayer, vivre un instant avec cet autre corps et apprécier d’avoir des épaules plus larges, des jambes plus musclées, un torse sur lequel une chemise n’aurait pas l’air d’un torchon. Et même aujourd’hui, où j’ai une sexualité, c’est toujours plus ou moins le cas. 

Le corps peut ne pas être désirable, dans ce cas autant ne pas le sexualiser

Je l’ai dit, il y avait un couple de jeunes parmi les nudistes, et ils étaient loin. Autour de nous, que des hommes vieux et plein de plis. Sans vouloir surjouer la déception, je dirais seulement que la vue de ces corps nus n’a rien éveillé de particulier en moi, sinon le rire de la surprise. En discutant, j’ai pensé à ce qui pouvait mettre les autres mal à l’aise : l’association corps-sexualité rend les choses beaucoup moins fun. L’espace d’un instant, j’ai associé l’idée de sexualité à ces corps vieux et nus, ça a été tout de suite glauque. C’est sociétal je pense : on dit « un vieux pervers » et on a du mal à s’imaginer une sexualité « normale » chez les personnes âgées. En tant que fille puis femme, c’est des hommes un peu âgés et un peu seuls qu’on m’a dit de me méfier, et c’est ainsi que dans notre esprit le vieux nu devient l’agresseur : restons serein.e.s et détachons la sexualité de leur corps, ça rassure.

Des nudistes – qui ne sont pas des exhibitionnistes, cela n’a rien d’oppressif

Ils illustrent d’ailleurs un idéal, celui de se contreficher (quelle belle tournure) du regard des autres, et celui de s’accepter suffisamment pour montrer son corps. Montrer son corps peut être thérapeutique (je ne crois pas que ça soit la bonne tournure là par contre), certain.e.s ont parfois recours à la photo de nu pour s’accepter, s’aimer, se trouver beau.lle. Du point de vue de l’observateur – pas du voyeur – je trouve ça intéressant dans la mesure où le corps ne sera pas mis en scène, il est juste vivant, visible, véritable (En Vérité ce Velouté de Verbiage Vire Vraiment au Verbeux #), et on relativise.

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Des pieds nus

Il y aurait encore pas mal de choses à dire, notamment comme je l’ai évoqué : la relation au corps qui change avec l’éducation qu’on a eue, mais aussi se demander ce qui motive à faire du nudisme parce que c’est quand même quelque chose de se promener nu dans un parc plein de monde – pas comme aller bronzer dans son jardin tranquillou, l’envie de pouvoir se passer de jugement sur son corps avant d’être vieux (eh oui, si ces vieux plein de plis étaient tout à coup moins vieux et moins pliés ? Seraient-ils prêts à passer sous les yeux de tout ce monde ?), ou bien se poser la question de « pourquoi seulement des vieux et pas des vieilles ? »

Et bien sûr, si tu veux réagir : ça te dérangerait toi, de faire du volley sur une pelouse nudiste ?

 


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