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Ce que #metoo a changé dans ma tête

C’est « dans ma tête » parce que je n’ai ni les compétences ni la prétention de vous raconter ce que ça a changé globalement. Pas non plus le courage et le temps, d’ailleurs. La vague de réaction s’est assez calmée j’ai l’impression (modulo ça), il aura fallu essuyer une tribune et son « service après-vente » (j’emprunte l’expression à Melgane), il aura fallu réaliser qu’une femme sur deux a été agressée – et c’est sans doute le plus dur, je sais pas vous mais il y a plein de femmes dans mes ami.e.s, ma famille, et je tiens assez à elles pour que ce chiffre (une femme sur deux) me mette en colère.

Ce n’était pas évident au début de remarquer l’importance du mouvement. Je me souviens vaguement des quelques articles au sujet d’actrices agressées qui témoignaient. Je me suis dit « tiens, encore un gars qui profite de situations hiérarchiques, de rapports de domination ». J’ai vaguement su qu’il se passait un truc sur Twitter, avec beaucoup d’actrices. Puis, j’ai vu sur mon mur facebook (oui, je vais peu sur twitter) un témoignage ponctué de #metoo, provenant d’une connaissance. Un homme pour le coup, mais ça ne change pas ma réaction – étonnée – quant aux personnes normales qui témoignent à leur tour. Puis c’est allé très vite, on s’est mis à en parler, en quelques semaines c’était presque « banal » de dire que les femmes étaient beaucoup victimes d’agression à caractère sexuel et sexiste.

C’était une bonne nouvelle, mais en même temps on a pu voir beaucoup d’autruches. Quelques mois avant ce soulèvement, cette libération de la parole, il y avait eu dans mon établissement une pétition pour dénoncer le comportement du corps enseignant. Déjà, des témoignages anonymes, pour dénoncer le comportement de personnes anonymes (alors non, ce n’est pas de la délation, merci). Les réactions hostiles étaient toutes pleines de soumission, parce que les enseignant.e.s possèdent la connaissance et nous ne sommes là pour tout accepter, nous n’aurions pas le droit de contester quoi que ce soit. La pétition a tout de même été envoyée à la direction, qui a surtout agi pour éviter que cela ne s’ébruite. Avec #metoo, l’autrice de la pétition a voulu relancer l’affaire, savoir quels seraient les moyens mis en œuvre, et c’est là qu’arrivent les autruches. Comme quoi, le mouvement de #metoo était suffisamment important, ça y est on a bien compris que les femmes sont des victimes (alors non, on n’est plus réductible à de faibles victimes si on ose prendre la parole), lâchez nous avec vos histoires. C’est comme si on n’avait plus le droit de s’indigner parce que « c’est bon, on sait ».

Ce que #metoo a changé dans ma tête dans Chroniques d'un Gourou ello-a10
ello – azizazaza

Pour ce qui est des réactions des moins concerné.e.s (c’est pas genré d’être concerné, si ? Mais je vais mettre « ceux » pour faire plus simple) On a eu droit dans un premier temps à #notallmen, ah ce fameux … Not all women non plus, rassurez-vous ! Il y a ceux qui sont déjà féministes (je suis de celles qui pensent qu’un homme peut être féministe), ceux qui n’avaient pas réalisé que leurs sœurs, leurs amies avaient une vie un peu plus compliquée que ce que l’on croit et qui se sont renseignés. Il y a aussi ceux qui crient à la délation, qui ont peur de retrouver un jour une photo d’eux sur les réseaux sociaux avec marqué en dessous « agresseur », pas seulement parce qu’ils ne sont pas nets, non, mais parce qu’il y a des agissements sexistes tellement ancrés dans la société, que si les femmes commencent tout juste à les remarquer, les hommes ont encore du chemin, avec toute la bonne volonté qu’ils peuvent y mettre.

Dans un premier temps j’ai compati avec ces hommes, ceux qui disent « je n’ose même plus adresser la parole à une femme, c’est affreux ». J’ai compati avec ceux qui ont peur de cette prétendue délation, parce que oui, éventuellement, une hypothétique femme qui se sent pousser des hypothétiques ailes pourrait l’accuser à tort d’une agression et éventuellement gagner le procès.

Puis, je me suis dit que tous les jours, quand je croise un homme dans la rue, quand j’adresse la parole à quelqu’un qui me demande son chemin, quand je laisse un sourire sur mon visage et que les gens peuvent le voir, j’ai peur. Je me demande si j’agis comme il faut. Si je n’ai pas l’air « trop gentille », si je ne suis pas « un peu désirable » quand même. Quand je vais courir, je m’assure que mes vêtements ne sont pas « trop moulants ». Heureusement que je ne fais pas de natation… Alors, je me ravise sur toute la pitié que j’ai pu avoir pour ces hommes inquiets. Il est temps de comprendre ce qu’est la peur, et entre nous, vous ne risquez pas grand-chose. A part quelques boutons dus au stress, à part une boule au ventre le matin, à part de regarder vos pieds au lieu de l’horizon quand vous marchez dans la rue.

Aujourd’hui, je me pose encore des tas de questions inutiles avant de sortir de chez moi (même si pour l’instant c’est plutôt « est-ce raisonnable de mettre un cinquième pull sous mon troisième manteau »), mais je relativise. Je me dis que je ne suis pas la seule qui devrait de méfier du monde, et que j’ai la chance de savoir que l’on vit dans un monde biaisé. Je me dis que je ne veux pas tomber du côté obscur de la haine, et que tout le monde mérite qu’on lui explique ce qui ne va pas. Nous sommes tou.te.s victimes du patriarcat, même les plus sombres connards de twitter et des commentaires sous les articles de presse en ligne. Nous avons tou.te.s à gagner en se posant de bonnes questions, et surtout en s’écoutant. Aujourd’hui, je regarde devant moi quand je marche dans la rue, je ne regarde plus mes pieds. Je vois les gens comme des gens, pas des agresseurs potentiels. Les gens en face n’ont pas changé depuis #metoo, mais moi je suis beaucoup plus confiante.

Et pour vous ? Quelque chose a changé ?

01/03 : Article sélectionné par Inspilla :D


  1. Melgane écrit:

    Moi, je comprends les hommes et les garçons qui disent « je me sens visé, j’ai l’impression que y’en a qui mettent tous les hommes dans le même panier », parce que oui, il y a des femmes qui mettent tous les hommes dans le même panier (et que mon amour pour le pragmatisme et le juste-milieu me pousse à ne pas leur répondre « si tu te sens visé c’est que t’as un truc à te reprocher).

    Je ne sais pas si #metoo a vraiment changé quelque chose pour moi, pas directement en tout cas. Mais au final j’ai relativisé la peur (c’est ce que je disais dans mon article sur les marches exploratoires). Je me dis qu’on se monte le bourrichon, que oui, ça existe (ça m’est encore arrivé l’autre soir un mec qui m’aborde en me disant bonjour en pensant que ça va le faire… c’est pas une agression, on s’entend, mais qu’est-ce que c’est lourdingue !), mais qu’on en fait trop, j’ai l’impression qu’en fait on n’a pas peur de la situation, on a peur qu’elle puisse peut-être éventuellement arriver un jour et on repère des mecs à 200m en se disant « lui, à tous les coups »… donc je relativise beaucoup la peur.

    Citer | Posté 3 mars 2018, 3 mars 2018 à 12 h 09 min

    Répondre

    • Grou' écrit:

      Bien sûr, je comprends les hommes qui s’inquiètent, et ça n’est pas une solution qu’on aie tous peur les uns des autres. Comme je l’ai dit, les hommes individuellement ne sont pas responsables de cet état de fait inégalitaire, comme nous ils sont nés avec. Mais je vois cette peur comme une étape, quelque chose qui fait qu’on va se rendre compte tous qu’il se passe un truc, que le système patriarcal dans lequel nous sommes n’est pas sain.

      Citer | Posté 4 mars 2018, 4 mars 2018 à 11 h 06 min
  2. Irène écrit:

    Je rejoins complètement ta conclusion :) Et je suis heureuse que le mouvement ait permis à des femmes de prendre davantage de confiance. Je n’ai suivi le début de l’affaire que de loin car j’étais à Madagascar et peu connectée, et j’en ai été peu actrice pour différentes raisons (notamment pas de vrai témoignage perso à apporter, je suis chanceuse), mais évidemment solidaire

    Citer | Posté 28 février 2018, 28 février 2018 à 16 h 58 min

    Répondre

    • Grou' écrit:

      Merci :)
      Je n’ai pas non plus subi d’agression physique, mais comme toi, je suis solidaire – il me reste quelques années de vie devant moi, et au delà de vouloir une société meilleure pour tous, je veux rester dans les « chanceuses » comme tu dis ;)

      Citer | Posté 28 février 2018, 28 février 2018 à 18 h 53 min

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