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Une tribune ou l’expression du deuil inachevé

Avant de vous parler de l’actualité, laissez-moi vous rappeler les cinq (ou 7, ça dépend de la source) étapes du deuil. Après le choc (étape une), vient le déni, puis la colère, puis le marchandage, et enfin l’acceptation. Et après on meurt en paix. Ah oui, c’étaient les 5 phases de deuil pour une personne en fin de vie. Enfin, ça s’adapte pour d’autres cas, comme le deuil d’un être cher, de son couple, de son travail … On peut rajouter la douleur en étape 2 et la reconstruction en avant-dernier, ce qui fait 7 étapes.

Une tribune ou l'expression du deuil inachevé dans Chroniques d'un Gourou alexa-mazzarello-223406#

Sans transition, la tribune des 100 femmes demandant une liberté d’importuner [pour les hommes], soi disant au nom de la liberté sexuelle, publiée mardi dans Le Monde, m’a mise hors de moi. 

« Cette justice expéditive [de #balancetonporc] a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque » ? Où ça des victimes ? Et d’où on devrait « envisager [les frotteurs du métro] comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement » ?

Pourtant, je commençais ma lecture de la tribune avec intérêt, car elle se présentait comme la tribune des « femmes qui ne se reconnaissent pas dans un féminisme qui prend le visage de la haine des hommes et de la sexualité« . Je pensais qu’il allait s’agir des aberrations de certains groupes marginaux qui vont interdire des pièces de théâtre classiques (et même là il y a de quoi discuter), ou de celles.eux qui demandent qu’on interdise le « Madame » car il y aurait un possessif (pardon mais Monsieur c’est pareil). Quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’en fait, cette tribune s’occupait de minimiser toute agression subie par une femme, leur enjoignant de ne pas faire leur fragiles quand même, c’est abusé de pleurer comme ça sur les réseaux sociaux alors que vous avez juste été un peu violées (16% des femmes et 5% des hommes déclarent avoir subi des viols ou des tentatives de viols au cours de leur vie, source, au fait, et je ne vous donne pas les chiffres des agressions)(Ça fait une probabilité non nulle que sur les 100 signataires on en ait … 16 ?).

Puis, il y a la raison de mon article, après avoir eu droit en plus aux réactions de défense de différentes signataires de la fameuse tribune. Les plus remarquables sont « on peut jouir lors d’un viol » (Brigitte Lahaie, mercredi 10 janvier, sur le plateau de BFM-TV), et « Je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée parce que je pourrais témoigner que du viol on s’en sort » (Catherine Millet, source).

alex-jones-10816 actualités dans Chroniques d'un Gourou
Je mets une image de pluie parce qu’il faut laisser couler sa colère comme l’eau. Sinon … on reste en colère.

En fait, ces femmes seraient dans un genre de deuil, à la phase déni. Il y a eu le choc, il y a longtemps, quand elles ont constaté qu’il existait des inégalités. Quand, peut-être, elles auraient été agressées verbalement ou physiquement (allez si, je te mets une stat : 1 femme sur 2 a déjà été victime de violences sexuelles, source), un second choc. La phase 2 est le déni. Je comprends ce déni et je dois encore avoir un pied dedans : il s’agit de se dire que non, puisque nous ne pouvons pas accepter ça, alors nous ferons comme si ces inégalités, cet état de fait n’existent pas. Après tout, nous avons les mêmes droits que les hommes, surtout ici en France, et surtout maintenant, en 2018.

Vient ensuite la phase de la colère. Pourquoi nous ? Nous ne sommes pas des victimes pourtant. Je suis une femme forte, il est hors de question que je dénonce un système qui me fait paraître faible, même s’il existe. Toutes ces féministes, toutes ces libératrices de la parole, là, elles me font paraître faible, et c’est à cause des gens comme ça qu’on reste les victimes.

Ou alors nous en sommes à la phase de marchandage : si on remettait en question notre façon de nous habiller, si on changeait nos habitudes, peut-être qu’on serait moins impactées par cet état de fait. Ou alors si on prenait « le côté des hommes » ? Si on se mettait à défendre les victimes d’un « certain féminisme » ? (coucou les signataires) Si on dédramatisait parce que quand même, être l’objet sexuel que quelqu’un c’est sympa ? (je n’invente pas grand-chose, au fait vous pouvez lire la tribune qui est par là si vous accédez : tribune)

Phase de dépression : je ne crois pas que nos 100 signataires en soient arrivées là, et si elles pleurent c’est parce que certaines chaînes veulent faire sensation (ici). Ce n’est pas non plus en les accusant de tout le mal du monde qu’elles tomberont dans cette phase, ça risque plutôt de les faire rétrograder. C’est possible par contre, à mon avis, de dire qu’on est dans cette phase de dépression quand on passe plus de deux heures par jour à lire des témoignages de personnes qui ont subi des agressions. Même si dans mon cas ça me met en colère ou ça me donne la nausée (c’est quelle phase la nausée ?) et je ne tiens pas une heure. 

Phase d’acceptation : en fait, les inégalités existent, mais nous ne sommes pas obligé.e.s de rester des victimes. En plus, il n’y a pas une opposition homme/femme, mais le patriarcat qui est un dispositif tordu où des mécanismes de domination sont à l’œuvre. Nous pouvons dénoncer ces inégalités après avoir compris qu’elles existent. Nous pouvons vivre une vie décente et éduquer les générations à venir pour que les petites filles et les petits garçons ne soient pas tout de suite plongés dans des rôles prédéfinis et inégalitaires (et pas apprendre à nos filles à se méfier des garçons, c’est malsain pour les deux genres).

Je pense aussi être loin de cette fameuse phase d’acceptation, et je ne vous dis pas DU TOUT qu’il faudrait accepter les inégalités pour atteindre l’éveil. Cela dit, je ne sais pas vraiment ce qu’elle serait, cette phase idéale ou tout le monde est heureux est respectueux de l’autre, soyez indulgent.e.s.

Je dis seulement que, malgré tout le mal que je pense de cette tribune, et surtout des réactions des signataires ensuite,  j’ai l’espoir que nous sommes tous dans le même bateau, il faudrait juste pouvoir discuter avec ces femmes blanches cis. Elles sont seulement à la phase déni ou colère, ou marchandage.  

germai10 Féminisme
C’est tout ce que ça m’inspire…

PS : pour l’argument que les agresseurs sont probablement en grande misère sexuelle, on montre que 75% des agresseurs ont en fait une vie sexuelle active #.

Pour les phases du déni : #

(EDIT) Quelques réactions à la tribune : # , #, #

Pour Le Monde qui veut se justifier d’avoir publié cette tribune : #


  1. Melgane écrit:

    Tu as dû voir mes commentaires sous le message de Léonie donc tu sais déjà un peu ce que j’en pense.
    Très clairement les réactions d’après-tribune font un peu peur. Très clairement, les exemples qu’elles prennent (séparer l’homme de l’oeuvre, et les questions dans l’art (pourquoi on tue plus Carmen à la fin de l’opéra, bon sang !), sont hors sujet ou très limite (le baiser volé, les frotteurs…) même si pour ce dernier exemple on peut aussi le voir comme quelque chose qu’elles ne peuvent pas voir. Pour elles peut-être que c’est un non-événement, mais quand tu le vis tout les jours dans le métro ben… le fait que ça devienne un non-événement veut dire que tu t’es habituée et c’est pas cool. Du coup je pense que la fracture est moins d’ordre « ethnique » (femmes blanches cis) que social : des femmes de milieux a priori plutôt bourgeois, qui donc ne prennent pas forcément énormément le métro et ne vont pas dans les quartiers craignos : elles n’ont pas le même rapport à la ville que la majorité des gens : j’imagine sans peine qu’elles prennent le taxi, et restent plutôt dans les arrondissements bourgeois de Paris. Alors attention à ne pas non plus exacerber cette fracture sociale. Au contraire de certains commentaires sur Reddit je ne pense pas que ce soit de leur part du mépris conscient envers les femmes qui ne sont pas de leur milieu. Je l’analyserais plutôt en disant qu’elles n’ont pas le même rapport à la ville, à l’accessibilité, à la sécurité de la ville et de l’urbanisme. Et je pense qu’il faut du coup prendre ça avec un peu de recul pour pouvoir comprendre ça et donc remettre un peu en contexte leur réaction. D’autant que tout n’est pas à jeter dans cette tribune. Globalement il y a un certain fond assez intéressant.

    Le début d’abord, que tu cites, mais aussi le fait qu’il y a aussi un côté excessif à #metoo et, surtout, la fin de ce qu’elles disent :
    « [...] Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser. Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités. »

    Et, en fait, je suis assez d’accord avec ça. Ce qui me fait dire que le problème majeur de leur tribune est que leurs exemples sont mauvais, hors sujets, très limites, et donc descendent complètement ce propos. Je n’ai par exemple pas trop compris ce qu’elles voulaient dire en disant que la liberté d’importuner aidait la liberté sexuelle, et j’aurais aimé qu’elles explicitent un peu plus. En fait, comme elles sont de milieux vraisemblablement favorisés, elles ne peuvent pas avoir de vrais exemples pour différencier la limite entre une agression et ce qui ne l’est pas (alors que par exemple moi des mecs m’ont déjà sifflée avec admiration, ou dit bonjour, sans que je considère ça comme une agression, sans que je me sente mal, par contre il est aussi arrivé qu’un mec me dise « salut » d’un ton pseudo-aguicheur en me regardant de bas en haut et de haut en bas comme pour évaluer la qualité de ma viande, et là je me suis vraiment sentie mal à l’aise) puisqu’elles ne doivent pas beaucoup marcher dans les rues (et je ne parle même pas des quartiers, hein, je parle juste des rues qui ne sont pas des rues bourgeoises). Du coup on a l’impression que leurs exemples vont complètement à l’encontre de ce qu’elles veulent dire, et desservent leur propos. Du coup ça m’a laissé à la fin de la lecture une impression particulière d’avoir le cul entre deux chaises : que pensent-elles ? Comment peuvent-elles à la fois dire ce que j’ai cité, et à la fois utiliser des exemples très limites pour défendre leurs propos ? On dirait qu’elles-mêmes n’ont pas les pensées claires.

    Mon commentaire est un peu long x) Je vais peut-être aller pondre un article haha ! :P

    Citer | Posté 14 janvier 2018, 14 janvier 2018 à 13 h 08 min

    Répondre

    • Grou' écrit:

      Merci pour ce pré-article :p
      C’est vrai que la dimension sociale de la tribune est à ne pas négliger pour comprendre un peu mieux la tribune ou ses motivations. Quand j’ai écrit « femmes blanches cis », je faisais juste référence à l’usage de « hommes blancs cis », souvent représentants du patriarcat, sans vraiment faire de recherches, ouais ce sont plus des « femmes blanches riches » ^^
      Je trouve ça toujours assez désolant tout de même que le sexisme est les agressions des milieux mondains (donc souvent plus codifiés et possiblement insidieux) soit donc considéré comme plus acceptable que le sexisme plus « direct » des milieux populaires (je fais encore plein de raccourcis).
      Le coup de la liberté intérieure inviolable je trouve limite aussi parce que « plottez moi, violez moi, je suis au-dessus de tout ça », très peu pour moi, et ce quelque soit mon genre. Après, c’est peut-être une réaction violente de ma part (phase de la colère héhé), cela dit ce n’est pas de la victimisation que je fais là, mais une remise en cause d’un état de fait.

      Je pense qu’on pourrait discuter des heures de cette tribune, plus des réactions ensuite (j’aurais des milliers de choses à dire !). Du coup je vais aller lire ton fameux article qui je crois est publié :)

      Citer | Posté 14 janvier 2018, 14 janvier 2018 à 20 h 52 min
    • Melgane écrit:

      Oh d’accord, je vois ce que tu veux dire.
      Moi-même je n’avais pas vue la question sociale avant de lire les commentaires sur Reddit !

      Oui, la liberté intérieure c’est un peu… bancal. Ceci dit, dans un autre registre, un député à la Convention dans les années 1790 (j’ai laissé le livre chez mes parents donc pour citer le passage exact ça va être compliqué mais la référence du bouquin c’est La Liberté ou la mort, mourir en député, 1792-1795 par Michel Biard) a écrit (à ce que j’ai compris) que ses adversaires pouvaient bien le tuer il s’en fichait, son corps n’est que poussière et la liberté « mentale » (c’est pas le vrai mot, je l’ai perdu mais c’est un peu analogue à la liberté intérieure) qu’il s’est donnée, elle, ne peut être tuée. Au final si je me souviens il a fini sur la guillotine… enfin tout ça pour dire que le coup de la liberté intérieure ça se fait xD Mais là effectivement où ça pose problème ici c’est que bon déjà on peut difficilement séparer corps et esprit et puis une femme violée va-t-elle du coup avoir une liberté intérieure intacte ou une liberté intérieure altérée par le traumatisme ?

      Oui, on peut encore en débattre beaucoup, et encore davantage du service après vente, parce que là ça entre en complète contradiction avec le dernier paragraphe de leur tribune, du coup on comprend encore moins ce qu’elles veulent dire !

      Citer | Posté 14 janvier 2018, 14 janvier 2018 à 21 h 17 min

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