Je n'ai qu'une chose à te dire…



Je n’ai pas de pays

Quand on parle bien, on dit apatride. Mais ce n’est pas vraiment ça. Je suis française et j’ai de la chance. J’ai « les papiers qu’il faut »,  j’ai « la tête de l’emploi », merci.

Il y a des gens qui traversent le monde pour vivre mieux, certains arrivent en région parisienne et cherchent à s’intégrer. Et ils ne reverront peut-être jamais leur pays. Je commence à comprendre à quel point c’est difficile. On comprend ce que c’est de perdre sa famille et ses amis, de tout laisser derrière soi. On n’imagine pas ce que c’est, perdre une langue, une culture, un  environnement particulier.

La première partie, ce n’est pas moi. Je peux voir ma famille plusieurs fois par an, et mes amis « d’avant » pendant les vacances. Par contre, la seconde …

Je n'ai pas de pays dans Chroniques d'un Gourou Mur

C’est la quatrième année où je n’entends plus ma langue à l’école. Je ne l’entends plus en rentrant chez moi, depuis deux ans. Seulement quelques phrases de temps en temps au téléphone, quelques mots que j’ai appris à mon amoureux. Des textes que je lis, des messages échangés. Et voilà. On nous dit souvent : « N’oublie pas d’où tu viens ». Je me sens déracinée. Je sais d’où je viens et je veux y être. Je veux rentrer « chez moi » mais ce chez moi est abstrait.

Le pire, les enfants, c’est que je ne suis pas à l’étranger. Je parle français, la langue unique de la république Une et Indivisible tous les jours. Me voilà prête à déménager à l’étranger, il me suffira – encore – de changer de langue. Et cette fois-ci, mon entourage saura être compréhensif, j’aurai le statut d’immigrée.

Je suis bretonne et je veux entendre ma langue. Je suis bretonne et je veux rentrer dans mon pays. Mais vous croyez tous que je ne suis jamais partie, que mon pays c’est la France et que c’est bien égal.


  1. Le Cosmogone écrit:

    Oh. C’est un manifeste touchant. Incroyablement touchant.
    Et c’est en même temps habilement militant en mettant en relief tes privilèges par rapport à des gens qui sont dans ta situation sans avoir la légitimité administrative de vivre ici.

    C’est vraiment un très bon article. (Tu n’as pas besoin de ma validation mais je te signale qu’il me fait du bien, puisse cette remarque te faire également du bien ^^) Merci pour ça <3

    Citer | Posté 11 février 2017, 11 février 2017 à 21 h 45 min

    Répondre

    • Grou' écrit:

      Merci ! Je suis contente que tu remarques le « habilement militant », ma crainte étant qu’on me reproche que cet article soit futile car je n’ai pas de vrai problème – tout peut être un problème (ce qui est rassurant en même temps, problème implique solution) :)

      Citer | Posté 17 février 2017, 17 février 2017 à 12 h 18 min
    • Le Cosmogone écrit:

      Oh, je comprends cette crainte. En fait, non, cet article n’est pas futile, de même que ne l’est pas ton expérience. Certain.e.s pourraient, comme cela se fait souvent, comparer ce qu’iels conçoivent de ta souffrance à ce qu’iels conçoivent de celles des réfugiés dont nous parlons, et dire que la tienne est négligeable devant la leur (donc « futile »), mais c’est un raisonnement que je trouve triste et stérile. Tu te sers de ce que tu vis pour t’exprimer de manière touchante et expliciter d’une autre manière ce qu’il est vital d’expliciter.
      Et c’est en ça que ton article pose ton problème, qui est un « vrai » problème, un problème légitime ; et en existant, il esquisse une réponse. Ce qui, en effet, est rassurant ^^

      Citer | Posté 19 février 2017, 19 février 2017 à 13 h 41 min

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