Je n'ai qu'une chose à te dire…


Pourcentage

Bientôt la rentrée. Dans les écoles d’ingénieurs, les première années arrivent avec leurs affaires, s’installent dans leurs studios et on leur promet que le week-end d’intégration sera le meilleur de leur vie.

Avec eux tombent les chiffres. Combien sont-ils, d’où viennent-ils … Mais combien sont-elles ?

J’ai la chance de vois la vérité à travers un filtre, moi qui suis sur un campus partagé avec une école de commerce. Ici i y a des filles.

Pourcentage dans Chroniques d'un Gourou ellosk10

Tiens, une orange qui fait du skate

Mais ailleurs, les campus atteignent difficilement 10%. 20 personnes de sexe féminin dans la marée d’une grande école. Juste 8 dans une autre. Pourtant elles étaient attendues, les nouvelles, dans ces écoles où c’est toujours pareil.

Ces chiffres sont là depuis leur entrée en prépa. Ils émergeaient déjà au passage du bac S. Ça ne devrait pas être le cas pourtant. Même si tout le monde le sait déjà, ce n’est pas une histoire de niveau. Pas une histoire d’hormones ou de règles ou de … je sais pas. Une histoire de « on dit » et d’habitudes, de traditions peut-être. Dîtes moi que vous pousserez vos filles à devenir ingénieur, et ce jusqu’à ce qu’il y ait au moins du 40% – 60% dans les écoles.

captur10 école dans Chroniques d'un Gourou

Pour toute la sagesse que ce message contient

Parce qu’à force d’inégalités ici, je me prends dans la gueule là-bas des « mais t’es pas une vraie fille ? » « tu fais de l’informatique, t’as renoncé à ta féminité ? » 

Ce n’est pas NORMAL, arrivés en 2016, qu’à cette rentrée encore il y ait un fossé pareil. *soupir*


Quel engagement ?

Quel engagement ? dans Chroniques d'un Gourou img_2011

A défaut de cultiver mon jardin, qui n’est que mottes de terre sèches et désordre, à défaut de rechercher le bonheur dans les choses simples, en travaillant comme Candide # (quoi que…), j’ai lu. Cet été, j’ai pris le RER, le métro et le train #. Et j’en ai encore pour deux semaines.

Et, sur ces sièges où des millions de derrières se sont posés, où des millions de gens ont transpiré cette semaine, on trouve le temps d’ouvrir un bouquin et d’oublier le monde autour.

Cet été, j’aurais compensé le manque d’engagement et d’action que je me reproche # par de la lecture — par de la culture.

1984_m10 conscience dans Chroniques d'un Gourou

Je t’ai déjà parlé de Effondrement # . C’est celui qui m’a pris le plus de temps, parce qu’en plus d’être un pavé, c’est pas une histoire qu’on raconte, c’est l’Histoire qu’on questionne.

Une de mes grandes victoires, un accomplissement peut-être, c’est 1984. Si tu regardes la présentation que j’ai faite de moi l’année dernière # , tu vois qu’il est dans une liste privilégiée (OK, Effondrement l’était aussi). De plus, c’est le premier bouquin que j’ai lu en anglais (on ne s’en doute pas en regardant la tranche, sauf que… regarde : ce n’est pas imprimé dans le même sens. Ah, ces anglais !), et je l’ai bien vécu.

A part que je ne me suis pas encore tout à fait réconciliée avec « Ce qui fait de nous des humains, c’est l’amour » et autres dérivés, c’est bien un livre « culte », beaucoup de monde en a entendu parler, a entendu parler de Big Brother, de Newspeak (ou « novlangue »). C’est un bon livre, qui ne laisse pas sans réaction (pendant la lecture comme à la fin).

Prévert et Charb, je les ai lus fin juin. Le Petit traité d’intolérance, je le recommande chaudement, il m’a vraiment beaucoup fait rire. Tu sais, ce rire que tu n’arrives pas à retenir, mais tu sais que tu es dans un train, qu’il n’y a  pas un bruit et que les gens vont se demander ce que tu fais. Ce rire où tu serres les dents pour ne pas déranger tes voisins mais ça déforme ton visage, et ça tes voisins ont dû le remarquer encore plus.

Prévert, c’est beau. Parfois c’est cru, méchant, cynique. Aussi engagé, anticlérical, ou juste bizarre. Et avec ça, il te donne envie de vivre, envie de croire à l’amour.

 

Et puis il y a Vallès (… # qu’est belle comme un soleil, et qui m’aime pareil que moi j’aime…), Vallès qui écrit la deuxième moitié du XIXème autour d’un personnage, et ce personnage c’est lui. L’enfant, Le Bachelier et L’insurgé, c’est l’autobiographie romancée de ce gars, ce qui l’autorise à ne pas vraiment écrire une autobiographie. Je suis en train de lire l’Insurgé.

Parfois, il m’agace profondément, avec ses idées de révolutionnaire lettré, qui se permet de choisir qui est digne d’être « le peuple » et qui ne l’est pas. Prenons le chapitre XIV, Le Bachelier :

« Le peuple ! Où est donc le peuple ici ?

Ces meneurs de bateaux, ces porteurs de cottes, ces Bas-Bretons en veste de toile crottée, ces paysans du voisinage en habit de drap vert, tout cela n’est pas le peuple ! « 

Eh bien mon grand, on comprend pourquoi tes idées de révolutionnaire n’ont pas pris partout, on comprend pourquoi ces idéaux de Jacobins puissent être rejetés. Tu veux te battre pour le peuple, mais seulement le peuple qui te plaît. Seulement quelques parisiens et quelques paysans du coin où tu es né. Bref.

Il y a aussi du bon, tiens :

« Des femmes partout – Grand signe !

Quand les femmes s’en mêlent, quand la ménagère pousse son homme, quand elle arrache le drapeau noir qui flotte sur la marmite pour le planter entre deux pavés, c’est que le soleil se lèvera sur une ville en révolte » (XV, L’insurgé).

OK, la femme est une ménagère avec une marmite, mais j’aime bien cette image tout de même.

Ces livres, ce sont un morceau d’histoire qu’on ne connaît pas toujours bien, l’histoire du second empire et d’une révolution ratée. Des jeunes qui font de la politique, s’emportent et veulent se battre, en se figurant ça aujourd’hui ça fait tout drôle. On y apprend aussi tout plein de noms, je sais maintenant qui était le mec qui a donné son nom à la rue où j’habite, pareil pour quelques stations de métro.

fleurs10 Culture

Je n’ai pas la prétention de me lever pour aller jeter des pavés. Je n’ai pas celle du poète engagé qui lutte avec du papier. Je ne suis pas celle qui empêcherait un régime autoritaire et liberticide de se mettre en place, ni celle qui sauvera notre société d’un effondrement possible. Je ne vais pas vous faire rire.

Ces livres le font. Ces livres ont en eux l’espoir que quelqu’un ou quelque chose le fera. Ces livres transmettent l’espoir de quelque chose de beau, je crois.

 

En attendant, je vais cultiver ce jardin de terre sèche pour manger du persil demain.


Blanche neige (Lecture)

Aujourd’hui, un conseil de lecture :

Effondrement, Jared Diamond.

Ce livre était un conseil de Arte, à la suite d’un documentaire dont je me souviens assez peu sur une grande société disparue. J’ai envie de dire sur l’empire Khmer, mais le livre n’en parle pas.

Jared Diamond nous raconte le destin de plusieurs sociétés anciennes qui se sont effondrées. Autrement dit, où tout le monde à péri ou a fui ce qui fut un grand centre de civilisation. Les sociétés, à des époques et des endroits très différents, s’effondrent de façon similaires. Bon, il n’y a pas mille façons de décliner, surtout à la fin… Bref, via l’étude de différents aspects de ces sociétés, JD définit cinq facteurs qui expliquent le déclin, l’effondrement. Ces facteurs sont toujours présents dans nos sociétés contemporaines, de manière plus ou moins prononcées, et vous l’aurez deviné : on se demande si nos sociétés, voire notre société va s’effondrer. Notre société parce qu’à l’heure de la mondialisation, nous sommes une sorte d’île dans l’océan qu’est l’univers.

« Si notre société va s’effondrer », c’est un peu direct et un peu faux aussi. A final il y a une douzaine de facteurs qui font qu’on pourrait s’effondrer. Ce livre est une mise en garde mais aussi une base de connaissances pour éviter de reproduire les erreurs du passé. 

Ce qui est marquant, c’est qu’on nous fait toute une histoire avec les gaz à effet de serre, mais c’est … la partie émergée de l’iceberg si j’ose dire. Les problèmes majeurs sont la déforestation, la surpopulation, la surexploitation des terres, la gestion de l’eau (oui, même il y a mille ans).

deforestation

En lisant ce livre, j’ai appris beaucoup de choses, au hasard : vous saviez que vers l’an mille, dans les canyons à l’est des états Unis, il y a eu un peuple nombreux qui a construit des villes de maisons de quatre étages ? J’ai appris des choses sur le génocide au Rwanda. J’ai vu certains aspects de la culture Maya (enfin, de ce qui a pu rester après que ces imbéciles de colons européens aient brûlé les livres qu’ils ont trouvés). Parfois je me suis dit que je voudrais apprends ça à des enfants, parfois je me suis dit que décidément notre espèce doit s’éteindre (ça, plus souvent).

Je vous conseille donc ce modeste pavé, et si vous aimez ce genre de lecture, je vous conseille aussi le précédent de la série : « De l’inégalité parmi les sociétés » (je vous en parlerai peut-être un jour aussi).

Au fait : Je ne suis pas responsable du titre de cet article. J’ai juste demandé une idée de titre et je vis avec des trolls ;)


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