Je n'ai qu'une chose à te dire…



Le Cas Cis

Le Cas Cis dans Chroniques d'un Gourou tumblr_nskdncgHA91ted1sho1_1280 #

Hier, j’étais chez le médecin, et surtout, avant, j’étais dans la salle d’attente du médecin. Tout comme le dentiste ou … le dentiste, le médecin généraliste est abonné à des magazines scientifiques type Voici, voilà, et j’en passe. Mon médecin propose entre autres Paris Match, Ouest-France (ce qui donne à la pile de revues un aspect bordélique à souhaits – essayez de replier proprement un journal que vous venez de lire), et enfin Psychologies magazine.

Dans Psychologies, il y a une rubrique formidable où les gens posent des questions à une psy, avec une partie spécialement dédiée aux enfants (moins de 12 ans je crois). C’est après le sordide épisode de « Comment expliquer à ma mère que je n’aime pas que mon oncle me viole ? » que j’ai trouvé la question d’une fille de 6 ans : Je voudrais être un garçon.

Oooh, trop mimi, une fille de 6 ans qui ne veut pas être une fille ! Est-ce qu’à 6 ans, je ne voulais plus être une fille ? Est-ce que ça m’a pris plus tard ? Toujours est-il que je m’identifie à cette gamine (plus qu’à celle qui a une famille sordide, dieu dame nature merci). Évidemment, j’ai été déçue de la réponse.

Il est vrai que ça serait mal placé d’annoncer à la petite fille – ainsi qu’à ses parents – qu’il existe des traitements hormonaux, des opérations chirurgicales, pour remédier à son problème. Après tout, c’est une petite fille, on ne sais pas si elle est trans, ses parents ne savent même pas ce que c’est, au secours, c’est peut-être un problème mental. Après tout, ils ont recours au magazine Psychologies et pas à un suivi psychologique digne de ce nom (#lapsychalalyseauraitpuchangermavie).

Attention, je ne dénigre pas le magazine en question – ni ses lecteurs – , qui est quand même assez complet et diversifié, je l’ai préféré à Paris Match pour attendre mon tour, et puis ma mère et ma sœur le lisent à la maison.

Toutefois, dire à cet enfant : « Tu ne peux rien y faire, c’est impossible de naître une deuxième fois dans un  autre corps », ça lui casse le mythe de la réincarnation, et ça lui casse le mythe de « la gentille psy va te rassurer ». D’accord, un psy n’est pas destiné à entretenir des mythes, pourtant je trouve qu’avec les enfants, il vaut mieux les amener à se poser des questions et à réfléchir par eux-mêmes (d’ailleurs, pas seulement avec les enfants), plutôt que de leur asséner une vérité indiscutable avant de développer une réponse.

De plus, la suite de la réponse de la psy m’a également agacée. Trop de clichés à mon goût.

cassis

Tu veux être un garçon car tu préfères le corps de ton frère ? Tu sais, avoir un sexe externe c’est pas forcément le top.

Parce que c’est bien connu, vouloir être un garçon c’est vouloir un pénis. Vas-y que je te calque un fantasme masculin sur une petite fille. D’ailleurs, peut-être même pas un fantasme masculin. Je ne sais pas comment l’appeler. Mais garçon = pénis, c’est un peu rapide. On ne naît pas garçon, on le devient ! Ou peut-être qu’à la naissance, il y a ceux qui ont un pénis et ceux qui n’en ont pas. C’est d’ailleurs comme ça qu’on fait la différence à la maternité, mais je ne crois pas que la fillette demandait à ce qu’on lui trouve un pénis quand elle est sortie de sa maman.

A croire que la psy a vu : « Je veux être un garçon » =  « Changez mon acte de naissance et assignez-moi un sexe masculin »

 

Le corps féminin est formidable, tu peux faire des bébés avec, et ça les garçons en sont jaloux.

Ça ne se discute pas, les femmes (les personnes avec un corps de femme) peuvent effectivement être enceintes pour la plupart. Les garçons qui sont jaloux, pourquoi pas, ça peut être intéressant de faire l’expérience d’être enceinte et ils ne peuvent pas la faire.

Mais toujours pareil, « femme = corps de femme« , zut ! Être psy ne nécessite sans doute pas la connaissance parfaite de la définition du cisgenre, mais savoir faire la différence entre sexe assigné à la naissance, identité personnelle, corps, ça fait partie des outils pour mieux s’exprimer.

Quand on ne veut pas être une fille, l’argument « mais siiii, tu feras tout plein d’enfants » ne fonctionne pas très bien, croyez-moi. Comme si faire ce qui correspond au sexe biologique – assigné à la naissance (il y a une nuance entre les deux, mais ça devient trop compliqué)- allait permettre à l’identité personnelle de s’aligner avec. 

 Féminisme dans Chroniques d'un Gourou

Ne soyons pas aussi extrêmes que l’Odieux Connard l’entend, mais les mots existent, utilisons-les !
(Si tu as le temps, l’image est un lien vers un article plutôt génial)
 

 Même s’il est possible que cet enfant ait voulu un sexe de garçon, il est bien plus probable qu’elle ait voulu être de sexe masculin.  Plus précisément, de genre masculin.

D’ailleurs, je t’invite à faire cet effort : quand il y a « sexe » dans une phrase, essaie de remplacer par « genre », c’est parfois plus adéquat, et ça évite les confusions. Bon, parfois, tu peux laisser « sexe »… (Quoi, ta copine est accro au genre ?)

On dit que c’est autour de 4 ans que l’on fait la différence entre garçon et fille. Pourtant, à l’école, on ne se promène pas à poil, donc la différence ne se fait pas a priori sur le sexe interne ou externe. Sur quoi se fait la distinction ? Quand mon neveu lui demandait, ma sœur lui a expliqué que les filles avaient les cheveux plus longs que les garçons. J’ai connu ma sœur avec des cheveux très courts (moins de 10 cm) pendant plusieurs années, pourtant elle est restée plus féminine que la plupart des métalleux du Motocultor. Enfin, elle est restée une femme, quoi. Et elle a même eu un enfant (quel corps formidable !).

14280353 lecture

Motocultor festival. Que j’aime ce nom. J’ai d’abord voulu mettre une photo plus « cliché », mais j’ai préféré celle-ci.

Je ne sais pas sur quels critères les enfants s’assignent un genre. Je sais juste qu’ils n’aiment pas qu’on se trompe.

Des idées ?

(T’as le droit de me dire aussi que je pars trop loin et qu’en fait avoir un pénis, c’est cool. Juste : dis moi pourquoi)


  1. Shayna écrit:

    Cette impression d’être dans le bon ou mauvais corps c’est valables aussi pour plein de choses autre que le sexe et on n’en fait pas tout un pataquès :b le problème c’est que le genre présenté comme cela, ressemble plus à un mauvais complexe qu’à une réelle  »définition » de soi, et je sais que ça n’est pas le cas, mais… En réalité, on ne décide pas plus d’être fille ou garçon que d’être blanc ou noir, roux ou brun. Certes on peut le changer, mais j’ai du mal à comprendre ceux qui se prétendent ce qu’ils ne sont pas car ils se sentent ce qu’ils ne sont pas ‘.’

    Citer | Posté 21 septembre 2015, 21 septembre 2015 à 21 h 08 min

    Répondre

  2. Shayna écrit:

    Un jour peut être je comprendrai ce concept de genre. Pour l’instant ça me semble très obscur. Je veux dire, si ce n’est pas notre sexe… Alors qu’est ce qui détermine si on est une femme ou un homme ? ‘.’

    Citer | Posté 21 septembre 2015, 21 septembre 2015 à 0 h 37 min

    Répondre

    • Grou' écrit:

      C’est comment on se sent. C’est l’impression d’être dans le bon ou le mauvais corps. C’est ce qui explique que certains changent de sexe… Et en allant plus loin, je pense qu’il y a plus de deux genres. Il y a des gens qui ne se retrouve ni dans l’idée d’homme ni dans celle de femme. Mais je ne crois pas l’avoir expérimenté — je ne saurais pas l’expliquer.

      Citer | Posté 21 septembre 2015, 21 septembre 2015 à 11 h 31 min
  3. Aileza écrit:

    Ma réponse aurait été à peu près la même que celle de Koppa. Pourquoi lui faire croire que c’est un problème et insoluble en plus. Autant certains psys ont leur utilité autant d’autres sont créateurs de problèmes. Qu’est-ce que tu fais dans la vie, j’aide ceux qui n’ont pas de vrais problèmes à s’en créer…
    Sinon, chouette article, bien vu, bien dit !

    Citer | Posté 27 août 2015, 27 août 2015 à 6 h 22 min

    Répondre

  4. Safianechka écrit:

    C’est vraiment intéressant cette réflexion. Je comprends où tu veux en venir et je trouve que tu as totalement raison de faire la distinction entre les possibilités que donnent le sexe féminin/masculin et le genre féminin/masculin. Je pense qu’à cet âge, l’enfant ne doit pas bien se rendre compte de ces « possibilités » d’autant qu’en plus c’est longtemps avant la puberté, donc elle n’est pas influencée par sa sexualité, les transformation de son corps, …
    Si j’avais un enfant qui me dirait vouloir être de l’autre sexe (ou plutôt de l’autre genre) je ne sais pas comment je réagirais, j’essaierai de comprendre ce qu’il/elle veut dire par là, de voir si ça se modifie avec le temps avant de consulter un psychologue capable de me dire exactement ce qu’il se passe… et puis ensuite, je me verrais mal forcer mon enfant à être ce qu’il n’est pas dans sa tête, bien que je puisse pas non plus me projeter de manière fiable.

    Enfin bref, je trouve aussi que la réponse du psy laisse à désirer, même s’il n’y a pas réellement de réponse, il aurait été plus utile de parler de sexe, genre, cis ou trans, des débouchées possibles (juste passager ou distinction réelle entre le sexe et le genre de l’enfant, ou alors autres possibilités à la Conchita Wurst : juste aimer être perçu comme de l’autre sexe tout en restant du sexe initial, et que sais-je encore de toutes les autres possibilités qui existent).

    Les parents dramatisent, ils ne comprennent pas ou ne savent pas… la situation de l’enfant n’est pas si grave, comme l’a dit Koppa, mais celle des parents l’est davantage car l’enfant en dépend…

    Enfin bref, chouette réflexion que tout ça !

    Citer | Posté 26 août 2015, 26 août 2015 à 18 h 22 min

    Répondre

    • Grou' écrit:

      Merci de ton commentaire !
      Oui, il y a plein de possibilités, et même si un enfant de 6 ans n’en a pas conscience (et n’en a rien à faire), il est plus juste de la rassurer en lui disant qu’il y a beaucoup de choses sur lesquelles elle peut agir – s’il n’y a pas de réponse c’est que rien est figé et donc que si, elle a le choix ! Et puis oui, comme Koppa on peut dire que pour l’instant elle est « une fille », mais elle n’est pas obligée de correspondre à l’image de fille qu’on lui renvoie (faire des enfants, tout ça…).

      Citer | Posté 26 août 2015, 26 août 2015 à 20 h 23 min
  5. Koppa écrit:

    Perso, j’aurai été psychologue, ma réponse aurait été : « Ba… C’est pas grave. Suivant ! »

    Citer | Posté 26 août 2015, 26 août 2015 à 17 h 25 min

    Répondre

Laisser un commentaire

L'EPS au lycée français de ... |
hoyosxavier |
profdoc |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | MA LIVE
| BLEACH vs DBZ vs ONE PIECE
| ASIA SUKIDA