Je n'ai qu'une chose à te dire…


Un Gourou représenté.

Voici un blog. Écrit par moi. Disons mon blog.

Il contient des morceaux de ma vie, des bouts d’informations, peut-être même des morceaux de pain, d’oseille sauvage, des graines de tournesol, oubliés au détour d’un article !

En attendant des nouveaux articles, ne néglige pas les vieux, je me suis appliquée pour les faire aussi !

Je me présente >là< et il y a une rétrospective >ici<

Un Gourou représenté. dans Chroniques d'un Gourou OonaSterenn

 

Là, en dessous, il peut y avoir de la pub. C’est insupportable mais si je n’en veux plus il faut payer. Alors Zut

(Ou sinon, tu cliques sur « Zut », tu n’es pas obligé de lire, et tu télécharges adblock).


Le cercle vicieux de l’information utile

Cela va faire 5 mois que j’ai déserté l’application instagram. Assez vite, j’ai remarqué que même sans ça, les mauvaises nouvelles arrivaient quand même, mais de façon plus détachée. Le monde n’a pas changé mais émotionnellement, c’est redevenu plus supportable.

Il y a une différence entre apprendre l’existence de nouvelles injustices (en plus de vivre avec celles qui sont déjà installées) et se voir reprocher l’existence de celles-ci (en plus de se voir reprocher de ne pas s’être informé assez sur leur existence avant).

C’est aussi assez amusant de savoir que dans l’esprit des gens que je fréquente (si on peut dire ça, vu l’état de ma vie sociale à présent), ce réseau social est un moyen de se tenir au courant des derniers voyages de ses amis, de ce qu’ils ont mangé récemment, et accessoirement un moyen de se rincer l’œil avec des comptes de personnes sportives peu habillées. Ah, et il y a aussi la publicité, et ces tonnes de comptes commerciaux auxquels tu peux t’abonner en espérant un jour gagner une promo de -15% pour quelque chose dont de toutes façon tu n’as pas besoin – le code STERENN15 fonctionne toujours :) . Alors que voilà, ces usages ne concernent « que » le temps de cerveau disponible, tandis que le contenu d’information et militant va venir réveiller la colère, la culpabilité, la tristesse et, par conséquent, occuper le temps hors-écran.

« Trainer sur instagram » était devenu une sorte de devoir pour moi. Si je ne m’informais pas assez sur les horreurs du monde, alors j’étais une mauvaise personne. Si je ne repartageais pas ces mêmes horreurs, alors j’étais une mauvaise personne. Et puis de toutes façons, puisque en dehors du réseau social je ne passais pas mon temps à préparer des tracts et des affiches, vu que mon employeur est une multinationale, j’étais une mauvaise personne.

 Le cercle vicieux de l'information utile dans Chroniques d'un Gourou ello-optimized-522e7db7
@maow sur ello.co

Je continue à recevoir les (mauvaises) nouvelles. Je me suis abonnée à des médias payants (quand on a les moyens, on peut participer à la rémunération des journalistes), et j’ai toujours une présence sur d’autres réseaux sociaux. J’ai aussi de plus en plus peur d’exprimer mes opinions car il semble que c’est suffisant pour être fiché/es à présent.

Je suis une personne toujours aussi mauvaise qu’avant. Mais j’ai à présent un peu plus de temps pour penser, et d’ailleurs, j’ai une pensée un peu triste pour toutes ces personnes que j’apprécie qui sont (encore) dans ce flux d’information, de colère et de culpabilité. Vous êtes de belles personnes. Ne vous empoisonnez pas.


Le composteur

Nous avons déménagé. Dès lors, il n’est plus question de potager, il ne reste plus qu’un balcon donnant sur une rue à 2x 2 voies.

Cependant, il est question de moucherons. Dans le logement précédent, la cuisine était séparée des autres pièces, et la poubelle était sous la fenêtre, et la fenêtre pouvait s’entre-ouvrir, bref les moucherons vivaient leur vie séparés de nous. (Ah et en coloc, on vire la poubelle plus souvent.) A présent, nous devons vivre en symbiose mais on n’a pas trouvé la bonne formule.

Nous nous sommes donc résolus à accueillir … un composteur sur le balcon !!

Le composteur dans Chroniques d'un Gourou 2020_010
Un aperçu de notre magnifique balcon cet été, très bel arbre du trottoir au passage

Comment construire son composteur n’importe comment ?

Matériel :

- Une cagette de clémentines (parce que c’est la saison) (et que c’est sans doute vendu avec un petit filet parfait pour accrocher au fond de la caisse pour éviter que des épluchures de patates se sauvent)
– Des planches en bois compressé trouvées aux encombrants le mois dernier
– Du gaffeur (gros ruban adhésif pour les pas intimes)
– Les vis du bureau cassé l’année dernière que tu gardais « au cas où » dans une soucoupe sur le meuble de l’entrée
– Des emballages plastiques qui attendent gentiment d’être jetés au recyclage

Outils :

- Une visseuse-dévisseuse (le correcteur me propose « moissonneuse-lieuse » car il ne connaît pas le mot précédent… mais désolée de vous décevoir, non.)
- Une scie
- Un crayon gris/bois/papier (ou toute autre appellation pour cet objet à la mine en graphite)

Procédez ainsi :

Faites chauffer de l’eau pour une tisane.

Prenez les mesures des côtés de la cagette, reportez les sur les planches en bois en prévoyant un peu plus larges pour les deux grands côtés (ou les deux petits, à votre guise). Découpez les planches avec votre scie ou autre ersatz de scie. Ah l’eau est chaude, c’est fou la vitesse à laquelle une simple résistance peut faire bouillir un tel volume !
Si la cagette était vendue avec un filet sur le dessus pour donner l’impression que les clémentines dedans étaient oranges en vrai, placez le filet au fond de la cagette. Pour créer un vide sanitaire, pensez à positionner la cagette à l’envers, donc le filet est sur le dessus de la cagette à l’envers (pardon flemme de prendre une photo il fait nuit).
Vissez les planches sur les côtés. Si vous êtes radins sur les vis ou que vous n’avez pas ce réflexe ancestral de récupérer toutes les vis qui trainent pour les stocker dans l’entrée, je conseille de visser le filet en même temps que les planches.
Comme vos planches sont des planches de récup en faux bois, elles sont probablement gondolées et partent en gonade plus elles s’éloignent vers le haut. Dans ce cas, armez vous de gaffeur et fixez chaque coin. Aussi, comme le faux bois est déjà assez gondolé comme ça, vous voulez le protéger des intempéries : armez vous de vos plus beaux emballages vides de plats préparés surgelé marque distributeur et scotchez les grossièrement sur les bords.
S’ils vous reste du faux bois, posez le sur le dessus pour faire un couvercle rapidement. On verra plus tard pour lui faire une poignée hein, parce qu’on est en novembre et qu’il fait froid et que la tisane est infusée ça y est.
Comme la cagette est trouée au fond et c’est parfaitement normal car c’est un composteur, posez votre nouveau meuble de balcon préféré au dessus d’une évacuation d’eau ou d’une soucoupe que vous viderez vous-même avant qu’une faune toute particulière s’y installe.

La morale de l’histoire :

C’est OK de manger des poêlées surgelées de la flemme de marque distributeur parfois, et de faire vos hipsters à mettre vos épluchures de courge doubeurre à composter sur le balcon d’autres fois. Comme disent les gens sur les réseaux sociaux : #boringselfcare ;)

 
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Ceci provient d’une banque d’image libre de droit, n’allez pas croire que je laisse des arbres vomir dans mes aliments

Le contrôle et les bourgeois

 Comme promis, on va parler obsession du contrôle.

De manière générale, j’aime tenir les promesses que je me fais à moi-même, et en particulier j’aime promettre des trucs dans des articles que peu de monde voire personne (en ce moment) ne lit. C’est le début du problème.

Cette obsession arrive généralement accompagnée. Dans mon cas il y a aussi l’obsession de vouloir servir à quelque chose, d’être raisonnable, et celle de vouloir être toujours en accord avec d’anciennes prises de position : ne jamais changer d’avis si j’ai émis un avis. Dans ce dernier cas, le blog en est une bonne illustration : difficile d’écrire une chose et son contraire à la même adresse (web), même si des années les sépare il ne suffira que de quelques minutes au lecteur pour les rapprocher (à ce propos, il y a 3 ans déjà).

L’obsession du contrôle, c’est ne pas vouloir de surprises. On comprend assez vite (enfin je vous le souhaite) que contrôler les autres, ça va être compliqué. Et comme je n’ai pas envie de m’attirer des ennuis, je les laisse tranquille et il ne reste plus que moi, mon corps, mon esprit, mon temps.

Ne pas boire d’alcool au cas où cela provoquerait un relâchement. Faire du sport pour « transformer » son corps. Tenter de retirer certains aliments de son régime, comme au mikado (au mikado PC). Ne pas revenir sur ses pas, jamais (au pire, je fais une boucle). Avoir honte trop longtemps.

Le piège dans tout ça, c’est que j’ai fini par en être fière. Et je ne suis pas seule à revendiquer mon obsession du contrôle. C’est sans doute au-delà de juste une question d’ego.

Le contrôle et les bourgeois dans Chroniques d'un Gourou tumblr_op0w7fsMBL1uw8vvso1_1280
J’aime beaucoup le travail de kayak_marius

CONTRÔLE DE L’IMAGE – BOURGEOISIE

On pourrait écrire « contrôle de soi » au départ. Il y a cette multitude de codes à intégrer, les attitudes, la culture, les goûts même. Il y a certaines choses qui ne pourront jamais convenir, alors la maîtrise de cette montagne de codes n’est que l’outil pour se rapprocher chacun de son propre plafond de verre (celui des femmes, celui des classes populaires, celui des personnes racisées, celui des personnes avec un handicap). Je n’ai pas connaissance d’un outil qui casse le plafond de verre. A un moment, même l’argent n’est plus suffisant.

Pour parler de ce que je connais (= être une femme blanche), j’ai lu récemment un article frappant au sujet de l’anorexie. Il se trouve que cette maladie est particulière, sachant que les maladies « classiques » frappent tout le monde, avec pour seule distinction le niveau de vie (quand on est pauvre, on est plus exposés aux risques de tomber malades, et on a moins de possibilités de se soigner). L’anorexie, elle, frappe plus dans les classes sociales dites « supérieures ». Et, plus particulier encore, elle frappe beaucoup plus les femmes que les hommes (seul le cancer du sein ou de la prostate est encore moins bien réparti). (Les hommes ont l’injonction d’être forts et musclés mais cela concerne toutes les classes sociales. Cela n’en reste pas moins une injonction malsaine, on est d’accord).
L’anorexie existait déjà bien avant les mannequins taille zéro et autres publicités aux femmes retouchées. Au XIXe siècle, « la silhouette de la femme bourgeoise se doit d’être mince, l’embonpoint devenant l’attribut des classes populaires à mesure que les famines reculent ». On observe des cas de jeunes filles qui jeûnent à la recherche d’une distinction sociale. Aujourd’hui, c’est toujours le cas. La minceur symbolise à la fois l’appartenance à une classe sociale et la maîtrise de soi, de ses pulsions (alimentaires). On lit dans l’article : « Autant d’impératifs qu’on observe plus particulièrement au sein des classes moyennes et supérieures, plus enclines que les classes populaires à croire dans la possibilité de maîtriser son destin social « .

Il y a sans doute d’autres explications pour l’anorexie, car toutes les bourgeoises ou aspirantes bourgeoises ne jeûnent pas. Cependant, cet article m’a mis une grande claque : 1) je suis moi-même aspirante bourgeoise ou bourgeoise et 2) il y a deux ans, ces injonctions ont surgi sans que je m’y attende, et sans que je les comprenne.

CONTRÔLE DES CORPS – SEXISME

Assez naturellement, cela nous mène à l’aspect exclusivement féminin du problème de contrôle. Cette fois-ci, il ne s’agit pas directement de contraintes que l’on s’impose pour rentrer dans le moule, mais de contraintes extérieures, sur ce qu’une femme respectable doit être.

Il y a la culture du viol, celle qui fait que nous vérifions nos tenues avant de sortir pour nous assurer que personne n’aura envie de nous agresser avec ça, mais aussi celle qui fait que en cas d’agression, c’est notre comportement et/ou notre tenue qui sera mise en cause : on n’a pas fait assez attention. Il n’y a pas eu assez de contrôle.
Il y a l’ordre social, qui fait que depuis toutes petites on ne doit pas s’énerver, être gentilles, ne pas se défendre si on nous tape mais le dire à la maîtresse, sourire. Sinon, on n’est pas belles. Sinon, aucun garçon ne voudra de nous et on mourra seule, vieille, avec six chats.
Il y a la « tenue républicaine », double standard à respecter pour avoir le droit à l’éducation. Jupe trop longue, tu ne rentres pas en classe car ce n’est pas laïc. Débardeur, tu ne rentres pas en classe car tu déconcentres les garçons (voire même les profs).

Je pourrais en rajouter pendant des heures mais ce n’est pas vraiment le but. Pour plus d’infos, suivez les liens. En bref, en tant que femme, la tendance à l’obsession du contrôle – de soi – est plutôt encouragée.

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Un rappel utile, par @lanuitremueparis, sa boutique ici

CONTRÔLE DES IDÉES – LA RÉPUBLIQUE

Alors oui on dérive un peu, mais laisse-moi un instant.
J’ai parlé en introduction de l’obsession du contrôle dans sa forme de non-contradiction. De mon obstination, sur ce blog et dans ma vie, à vouloir être encore d’accord avec celle que j’étais à 14 ans. Car changer d’avis serait avoir tort.
La France est un pays qui connaît le même régime politique depuis, on voudrait le croire, près de 200 ans. Alors bien sûr, il y a eu l’Empire avec Napoléon (Ier puis III), il y a eu l’Etat Français (Vichy) avec Pétain et l’occupation pendant la seconde guerre mondiale. Mais dans nos livres d’histoire et dans le grand récit que nous servent les discours politiques, nous sommes une république et une démocratie depuis le Révolution française de 1789.
Depuis 1789, il s’en est passé des trucs. Il y a eu plusieurs constitutions, des lois, des codes. Il y a eu des guerres, il y a eu la colonisation, de la répression, encore des guerres. Et ce n’est jamais vraiment fini. Aucun régime n’est parfait.
Normalement, on est tous d’accord là-dessus : on fait des erreurs, déjà individuellement, mais très certainement collectivement. Il y a un malaise cependant, qui ressort en ce moment à propos de la colonisation : il s’agit de l’histoire de la IIIe République. Alors que nos dirigeants ont difficilement fait le chemin pour accepter qu’il s’agissait d’un crime contre l’humanité, il y a à présent une marche arrière sous prétexte de lutte contre les extrémismes.
C’est à mon avis la représentation la plus éclatante de cette obstination à vouloir tout assumer, tout rassembler, tout contrôler, en ce moment.

Il y a toutefois d’autres exemples, au sujet des langues régionales notamment. La République est « une et indivisible », sa langue est le français. Mais dans les faits, peu de régions françaises ne parlent que le français. Des langues régionales ont disparu, d’autres ont frôlé l’extinction, du fait de l’action de l’école de la république qui battait les enfants qui osaient parler autre chose que le français. C’est toujours un peu un tabou. A l’inverse, de l’autre côté des Pyrénées, en Espagne, il y a d’autres langues que le Castillan, que le franquisme a sévèrement réprimées. Maintenant que l’Espagne est de nouveau démocratique, l’enseignement et la pratique des langues autres que le Castillan ne sont plus remis en question (enfin j’espère !). Mieux, on associe clairement l’interdiction faite à un peuple de parler sa langue à du totalitarisme… ce qui n’est pas tout à fait le cas en France.

 
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« Absurdos equilibrios » par @andres_marti sur ello.co

 

CONCLUSION

Vouloir tout contrôler fait aussi de moi une personne très scolaire (on est d’accord que c’est péjoratif ?), organisée, et donc compatible avec … les études que j’ai faites et le boulot que j’ai. Ce n’est pas tout mauvais. Mais une fois les (une partie des) biais identifiés, ce n’est plus vraiment une fierté, plutôt une construction pas très saine (entre autres par ce que j’ai cité).

Les phrases bateau sur le « lâcher-prise » viennent comme une injonction supplémentaire et je ne m’y reconnais pas. Par contre, je t’invite à te poser cette question : suis-je simplement organisé.e ou complètement enfermé.e dans des principes à la con ?

Perso il s’agit des deux, et je compte bien lâcher du lest (hahahahahaha un tel conditionnement ne partira pas si vite !). A commencer par arrêter d’être fière de mon « obsession du contrôle ».

Que vive le désordre !


Lire, angoisser, comprendre : l’engagement et l’imposture

Au départ, il était question de parler de moi dans le titre, avec « l’engagée et l’imposteure ». Mais on n’écrit pas « imposteure ». Quel est le féminin de « imposteur » ? Impostrice ? Avec une rapide recherche en ligne, je tombe sur cet article # : on pourra utiliser « usurpatrice » ou « imposteur ». Bref, j’ai écrit imposture dans le titre.

J’ai aussi un doute sur l’ordre des mots. Angoisser puis lire ou lire puis angoisser ? Jusqu’ici, cette année 2020 a été une succession sans fin angoisser-lire-angoisser-lire-s’énerver-lire-comprendre-lire. Ne comprenez pas « lire » comme seulement cette activité intellectuelle très valorisée qui consiste à choisir un tome de la Comédie Humaine dans sa bibliothèque, faire infuser une tisane, et tourner les pages au coin du feu (ou du radiateur), un plaid ou un chat sur les genoux. Non, maintenant, lire c’est aussi faire défiler le fil d’actualité de plusieurs réseaux sociaux successifs, naviguer de lien en lien, parfois faire une recherche, voir des extraits de vidéos mais sans le son – en lisant les sous-titres pour ne pas déranger les voisins. Merci aux militant.e.s d’instagram qui sous-titrent leurs stories (publications d’images ou de vidéos visibles pour un temps limité, ici 24h), d’ailleurs. Lire, c’est aussi recevoir différentes informations en simultané, par exemple avec l’apparition d’une notification de votre journal préféré en haut de l’écran pendant que vous lisiez le texte d’une publication de réseau social.

Lire, angoisser, comprendre : l'engagement et l'imposture dans Chroniques d'un Gourou ello-optimized-97f1a2a0
@7orlov sur ello.co

Lire comme ça, c’est angoissant.

Ça l’était déjà considérablement en 2019, mais au printemps 2020, pendant les huit semaines de confinement, la part médiatique consacrée à la pandémie de Covid a battu tous les records : 80.5% du temps de diffusion des journaux télévisés, 74% du temps d’antenne des chaînes d’information continue (chiffres pour la période 17 mars – 11 mai en France, source : Monde Diplomatique 11/2020).

Il n’y a pas de chiffres concernant les réseaux sociaux mais nous étions tous plongés dans cette angoisse collective.

Curieusement, je n’ai pas eu l’impression de trop lire au sujet de la pandémie. Je consultais régulièrement la page de Décodeurs du Monde sur l’état de l’épidémie en France et dans le monde et je subissais les notifications mais sinon j’ai plutôt tenté d’éviter le sujet (tout est relatif, donc). En parallèle (ou en conséquence ?), mon fil d’actualité sur les réseaux sociaux s’est radicalisé, disons au sens de « radical » : Qui appartient à la nature profonde, à l’essence d’un être ou d’une chose #larousse (je ne veux pas voir les forces armées débarquer chez moi pour trouver des bombes à désamorcer, le truc le plus explosif chez moi c’est la poubelle, il faut vraiment qu’on trouve un moyen de faire un compost en appartement). Enfin bref, le ythme de politisation de mon flux Instagram (car c’est de lui dont il s’agit) s’est accéléré.

D’abord orienté féminisme, je l’ai très vite enrichi de violences policières, introductions à l’anarchisme pour les débutant.e.s, décolonisation, syndicalisme (parfois tout dans le même compte, si je devais n’en citer qu’un @irenevrose). Certains comptes étaient là depuis le début puisque je suivais leurs blogs dans le temps (https://danslanebuleuse.fr par exemple). Aussi, j’ai remarqué que beaucoup de comptes d’influenceuses « zéro déchet » que je ne suivais pas se sont mués petit à petit en comptes anticapitalistes (auxquels je ne suis toujours pas abonnée mais je les vois souvent être repartagés).

 

SURPRISE : c’est anxiogène aussi. Mais il y a autre chose …

 

Les réseaux sociaux sont, encore plus que les podcasts (qui sont l’espace pour faire du journalisme en dehors des journaux et télévisions), l’espace pour l’expression (et la censure) des gens normaux, invisibles dans les grands médias. Un espace autant pour relayer la parole des grands médias (à la différence que « Restez chez vous » devient « J’ai vu quelqu’un dehors sur un banc ohlala pourquoi il est pas chez lui à cause de lui ma grand-mère va tomber malade, et la sienne aussi d’ailleurs ») que pour informer sur des sujets spécifiques (par exemple décompte des femmes tuées par leur compagnon ou ex chez @noustoutes) ou invisibles (racisme, violences policières, précarité).

Les réseaux sociaux sont alimentés aussi par des journalistes, qui sont aussi des gens normaux, mais surtout par des gens normaux qui ne sont pas journalistes, qui peuvent fournir autant de travail de recherche et de synthèse pour produire des informations complètes et sourcées, mais cette fois ci de façon bénévole.

Les réseaux sociaux sont une mine d’information et de souffrance, de fatigue, de détresse (on parle de burn-out militant), de contradictions (est-ce vraiment du militantisme, quand on ne prend pas le risque d’aller manifester, est-ce que ça a du sens de se faire insulter par des gens qui ont décidé de ne pas être d’accord et qui se nourrissent de la haine dans les commentaires ?).

La diversité des points de vue est telle que la diversité des coupables, responsables, profiteurs, en bref des privilégiés est infinie. A coup sûr, on ressort d’une visite sur mon fil d’actualité instagram en sachant que l’on est privilégié.e, oppresseur.e (encore une fois, y a-t-il un féminin pour ce mot ? « Oppresseuse » ? « Opprimante » ? Oppressante, ça oui). En tous cas moi, je le suis, car je suis assise sur mon canapé et qu’il y a à manger dans mon frigo et qu’à la fin du mois je toucherai un salaire. Ah et aussi, je suis blanche.

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@tysjeseverens sur ello.co

Où est-ce que je veux en venir ?

Qui donc peut bien lire ce texte ?

  • Tout ceci n’est plus très nouveau, j’ai l’impression que le féminisme, l’anti-racisme sont passés dans le débat public depuis, au-delà des réseaux sociaux. J’aurais dû parler de mes nouveaux abonnements en avril tiens.
  • On s’explique ainsi le malaise des vieux hommes blancs qui cumulent position de pouvoir et plusieurs autres critères de « privilégiés », qui deviennent agressifs et se sentent en danger. Vous en faîtes pas les gars, vous êtes quand même bien protégés. Vous nous faites le coup régulièrement (#article de 2007) et vous êtes toujours là donc bon.
  • Revenons à mon mouton

J’ai donc pu beaucoup apprendre cette année, en partie depuis le confinement. Cela m’a amenée à lire aussi sur papier (sans plaid, sans chat, sans coin du feu, mais plutôt confortablement cependant). Avec ça et ma lecture des journaux (les fameux « grands médias », hé !), plus des discussions avec des collègues dans l’entre-deux confinements, j’ai l’impression d’avoir une vue plus complète des choses, un discours un peu mieux construit.

[...]

On arrive nulle part parce que je suis trop tentée de m’auto-dévaluer.

En résumé, j’atteste de l’intérêt des réseaux sociaux et de leurs comptes militants pour s’instruire. Cependant, on ne peut pas leur demander d’être rassurants, de s’adresser à tout le monde, d’être omniscients et de ne vexer personne.

Je suis à la fois reconnaissante et gênée d’avoir accès à leurs contenus sans avoir à ne rien donner en retour (modulo des campagnes de financements participatifs # et autres cagnottes militantes # et pétitions #). C’est beaucoup plus impactant que quand on lit un blog, parce qu’on a accès aux humeurs, coups de gueule de la personne beaucoup plus directement, et que la personne va aussi être plus sur la défensive. On est dans l’ère de l’instantané.

Le résultat, c’est un syndrome de l’imposteur comme on aime l’appeler : j’ai appris, je veux synthétiser des trucs ici, ça ne sera jamais parfait, et je me sens encore moins légitime. Encore une fois, ce n’est pas nouveau (#article #article #articlepasdechezmoi) , mais ça continue.

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@paulspictures sur ello.co — On part sur une voie de garage ?

Bientôt, j’ai envie de revenir avec une réflexion sur l’obsession du contrôle. Ou plusieurs réflexions, parce que c’est assez large comme sujet. J’aimerais tenter une synthèse sur l’évolution de mes opinons sur ce blog (histoire de nourrir tout curieux qui arriverait ici par hasard, de lui fournir tout ce que j’ai pu dire il y a longtemps et qui ne serait plus acceptable maintenant, et si ce curieux est mon futur patron alors il ne m’embaucherait pas et ne serait pas mon futur patron :) ).


Quelqu’un m’a agressée

(Alors attention hein, comme son nom l’indique cet article traite d’agression)

Je me souviens encore de ce cauchemar quand j’étais une jeune ado. Un rêve aussi tordu que les autres, où les situations se suivent sans se ressembler, quand on essaye de s’en rappeler. Il y avait mon père, ensemble nous cherchions à rejoindre ma mère. Il y avait des petites rues et une rivière que traversait un pont. Il y avait la pluie, tellement de pluie qu’il avait fallu s’abriter, grimper à un lampadaire pour ne pas partir avec le torrent. Puis j’étais redescendue du lampadaire, j’étais seule à présent, il fallait encore que je cherche à retrouver des gens. Derrière moi, le bruit de pas qui se rapprochent. Je me tourne lentement et j’aperçois cet homme, pas très jeune, avec une grimace sur le visage, qui me regarde comme on n’a pas envie d’être regardé.e. Je commence à accélérer, il accélère, je cours il court, je ne sais plus vers où courir je ne connais pas cette ville ! Je me jette dans la rivière.

Je me souviens encore me réveiller dans la nuit, dans ma chambre, et ne pas oser regarder ailleurs que droit devant moi. 

Je me souviens de plaquer mon dos contre le matelas, m’aplatir le plus possible, m’assurer qu’il n’y avait rien d’autre que ce matelas derrière moi. Je ne sais pas combien de temps je suis restée éveillée, mais quand j’y pense, j’ai toujours un peu la chair de poule. Et cela fait pourtant quelques années que je ne suis plus cette jeune ado.

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 The legend of Korra – Livre 2

Mardi dernier, je suis rentrée du travail en bus. Je n’ai pas été abordée pendant le trajet, mais j’ai quitté la gare routière en même temps qu’un paquet de personnes. Marchant avec ce paquet, j’écoutais un podcast et je tenais un parapluie. Et là, derrière moi, quelqu’un a commencé à marmonner, à parler assez distinctement mais tout de même assez bas pour que je sois la seule à entendre. J’ai mis mon podcast en pause sans retirer les écouteurs. Cet homme marchait bruyamment et commentait mon physique en me traitement de salope, là juste derrière moi. Le première fois qu’on me traite de salope en ma présence et sans m’avoir regardée en face. J’ai accéléré, il est resté sur mes talons. J’ai refermé mon parapluie en faisant un geste brusque, il a continué son harcèlement. J’ai traversé la route au rouge piéton, il m’a suivie. Dans la vitre du bâtiment que je me suis mise à longer, j’ai vu qu’il n’y avait plus de paquet de personnes autour de nous. Il continuait son monologue. J’ai hésité à courir, j’ai eu peur qu’il coure aussi. J’avais peur qu’il se rapproche et qu’il me touche. Alors j’ai ralenti, je me suis retournée et je l’ai regardé.

« Vous me faites peur, monsieur. » Il m’a regardé l’air surpris. « C’est vous qui parliez, non ? » – « Non.  » J’ai eu envie de le frapper. Je suis restée sans bouger pour qu’il passe devant, je suis restée à une distance raisonnable de cet homme blanc d’une trentaine d’années habillé comme un commercial et je suis rentrée chez moi à pieds sans encombre après l’avoir perdu de vue.

 

Je ne sais pas vraiment pourquoi je t’inflige ces récits. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs, mais avant j’avais voulu comprendre. Je pensais avoir rencontré des mecs au hasard et j’essayais de comprendre pourquoi ils agissaient comme ça. Cette fois encore, j’ai réagi en adressant la parole, et s’il avait engagé la conversation, ça aurait fait de lui un « mec au hasard dans la rue » supplémentaire. Un qui cherche à affirmer son pouvoir en effrayant les gens autour.

A la place, il me fait douter de mes sens, de ma mémoire à chaque fois que j’y pense : et si c’était le cas ? Et si ce n’était pas lui qui avait parlé ? Et si tout était dans ma tête ? Et si je n’exagérais pas un peu parce qu’il aurait pu m’arriver bien pire ?

 

Alors voilà la moindre des choses : je n’ai rien fait pour mériter ça, cet homme n’avait pas le droit de me mettre mal à l’aise dans l’espace public pour son bon plaisir, il n’avait pas le droit de m’insulter même sans me regarder en face.

J’écris pour le rappeler : il y a les cauchemars et il y a la vraie vie, et il y a si peu de choses entre les deux.

 


Comme un pied

Je marche avec mes pieds.

C’est la grande révélation de la semaine dernière, grande révélation de l’année peut-être. Je cours avec mes pieds. Je pédale avec mes pieds.

Ça ne vous aura sans doute pas échappé que j’aime bien faire du sport, me dépenser, me fatiguer. Et comme je le fais pour le résultat final (= les endorphines), je le fais un peu n’importe comment. Et comme je le fais n’importe comment, je me blesse (bah oui). En fait, je pensais que je courais, je marchais, je pédalais avec mes jambes. Le fait de comprendre, il y a quelques années, que je ne courrais pas seulement avec mes mollets mais aussi avec mes cuisses et mes fesses avait été une première révélation. Puis, il y a deux ans en m’inscrivant en club, j’ai découvert qu’on courrait aussi avec les bras (je reviens de loin hein ?), puis en préparant et en courant des distances de plus en plus longues, du dénivelé, j’ai compris l’importance des abdos pour courir.

La semaine dernière, après des mois et des mois à suivre des vidéos de yoga en ligne où la dame dit « souvenez-vous que vous êtes un seul morceau qui bouge » (« you’re one moving part » ça rend un peu mieux que ma traduction littérale, ahem), j’ai enfin compris ce qu’elle voulait dire. Pour protéger les articulations, on active toute la chaîne musculaire. Les coureurs.es de bon niveau ont l’air montés sur ressorts : ils et elles ne laissent pas lamentablement tomber leurs pieds sur le sol. Ielles courent avec leurs pieds. Mais aussi avec leurs bras, leurs épaules, leur tronc, leurs fessiers…

C’est tout pour moi aujourd’hui. Prenez soin de votre chaîne musculaire et n’oubliez pas de faire du gainage dynamique de temps en temps ;)

 Comme un pied dans Chroniques d'un Gourou img_2022
Petit placement de produit… Je vous fais -15%

 


Démographie

Si aujourd’hui une française met au monde un enfant, ça fera non seulement un humain de plus sur terre, mais aussi un français de plus qui va consommer comme un français (pire : comme un bébé français !). Alors on dira volontiers « je ne fais pas d’enfant, c’est meilleur pour la planète » et « de toutes façons il y a trop d’humains sur Terre ». En fait, ces phrases – mes phrases – posent quelques soucis.

Mise au point.

 

SURPOPULATION ET NOURRITURE

C’est prouvé, cela saute aux yeux, que la population mondiale est croissante. Très croissante. Nous n’avons jamais été autant d’humains sur terre, et nous sommes 8 fois plus nombreux aujourd’hui qu’en 1800, à peu près deux milliards de plus qu’en 2000. Cela réveille cette crainte jamais vraiment endormie : « il n’y aura pas à manger pour tout le monde !« 

Surprise, il y a quelques milliards d’humains de là c’était déjà l’angoisse. On a beau connaître actuellement des niveaux d’inégalités incroyables [plus d’inégalités aujourd’hui qu’il y a 40 ans >reporterre, >inegalites], les inégalités existent depuis longtemps : il y a souvent un seigneur avec des apports nutritionnels plus élevés que ceux de ses serviteurs.

En fait, il est possible que le souci vienne de ces inégalités : il y a une mauvaise répartition de la bouffe (pas que) et peut-être qu’en fait on peut nourrir même 11 milliards d’humains. Aujourd’hui, 10% de la population connaît l’insuffisance alimentaire [>diplo], mais en regardant la productivité des pays développés, on peut penser que c’est faisable jusqu’à 12 milliards d’humains en travaillant intelligemment (et en mangeant intelligemment, parce que vous pouvez rêver pour la viande à tous les repas).

Ah, et tant qu’on est sur la répartition, le monde n’est pas surpeuplé partout pareil. Certaines parties du monde (les pays de l’ex-URSS notamment) se dépeuplent tellement que leur population est plus faible aujourd’hui qu’en 1930 [>carte], et ça continue de se vider car les jeunes générations partent se chercher un avenir ailleurs.

Démographie dans Chroniques d'un Gourou img_2020
Un coucher de soleil et des barbelés

NULLIPARE ÉCOLO

Un.e petit.e français.e de plus va probablement ajouter de la pression démographique, ajouter sa marque à l’empreinte écologique du foyer. Mais bon voilà, ce n’est pas un truc minuscule qui crie ou qui dort qui va être responsable du désastre vers lequel on s’élance. Ni ses parents, même s’ils sont peut-être juste en train de réagir à la pression sociale de leur entourage « alors, c’est pour quand ?« .

On aime bien mépriser les autres humains, les trouver stupides et irréfléchis. Cette histoire de surpopulation, c’est quand même une belle occasion pour aller mépriser les gens des pays pauvres, des classes populaires, ou les gens très religieux, bref les familles nombreuses, non ? En sages défenseurs de la planète, plutôt les blâmer eux pendant qu’on tape des articles de blog sur un PC portable contenant du coltan (cause de crimes atroces en RDC notamment >lemonde >lemonde) que de remettre en cause nos modes de vie !

Et puis je vais aller un peu plus loin dans le malaise tiens. Certains génocidaires auraient pu adopter notre vocabulaire et parler de « démarche écologique ». Sachant d’ailleurs que les génocides et autres guerres arrivent souvent sur fond de pression sur les ressources (j’ai parlé de coltan juste avant). Et puis ça a déjà été fait, les régimes totalitaires qui imposent la stérilisation (Inde, années 1970-80), et évidemment l’argent permet d’éviter ça. Me rajoutez pas le fameux « il faudrait un permis pour faire des enfants » par-dessus le marché !

img_2021 enfants dans Chroniques d'un Gourou
Paris en biais (c’est mon petit côté « inception »)

AJUSTEMENT

Ne nous y trompons pas, je suis pour l’accès de toutes et tous à la contraception (et préalablement, à l’éducation). Je suis convaincue que si tous les humain.e.s étaient des enfants désirés, le monde serait plus beau (même si ça ne fait pas tout). Et puis si les toutes femmes pouvaient avoir le contrôle de leurs corps, juste ça, on pourrait faire de grandes choses !

Contrairement à certaines craintes inverses (le vieillissement de la population, les conneries de grand remplacement, bref crainte d’une diminution de la fécondité), l’accès à la contraception ne diminue pas la fécondité globale : en France, il y a plus de femmes mères qu’en début 1900 (1/4 nullipare contre 1/20 en 2010 >diplo). Elles ont juste moins d’enfants chacune.

Le taux de croissance annuel de la population est déjà en baisse (population x2 en 1968, population x1,05 en 2020). Je pense que ça va (quand même) dans le bon sens. Le « croissez et multipliez » ça n’est pas trop mon truc, c’est bien que ça se calme. Le tout est d’espérer qu’on ne soit pas déjà allés trop loin – notre impact est réel, des espèces disparaissent, les incendies se multiplient, les températures montent et les tempêtes sont de plus en plus nombreuses.

Le souci est plus la surconsommation que la surpopulation, on l’aura compris. Commencer par manger moins de viande, ça aurait un impact de près de -1T de CO2 par an par personne. Mais on ne peut pas continuer à responsabiliser les individus seuls (à commencer par les jeunes parents).

 

C’est l’angoisse de naître dans un monde où les inégalités économiques montent plus vite que le niveau des océans. C’est l’angoisse de faire un gosse en se disant qu’il ne vivra peut-être pas trente ans à cause des politiques débiles de l’ère industrielle puis capitaliste.

 

Il n’y a pas de fatalisme. Il sera acceptable de faire des enfants quand le capitalisme aura été renversé. Il est sans doute aussi acceptable de renverser le capitalisme accompagné de ses enfants mais je ne serais pas si optimiste. Il est temps que le fait de faire des enfants relève juste du choix (perso j’en veux toujours pas) des personnes, pas des conditions autour. Cela dit « il suffit de changer le système« .

On en arrive à la question suivante : où et comment s’engager ? Puisque pour notre survie et celle des générations à venir, c’est urgent.

Je n’ai pas encore de réponse.

 


La peau de mes mains est sèche

Il y a beaucoup de choses positives qu’on trouve à dire sur ce confinement généralisé de la population dans une bonne partie du monde, cette fermeture des frontières, la peur et le maintien de l’ordre à tous les coins de rue. Parmi elles, deux grandes lignes :

  1. Ça permet de se reconnecter aux choses essentielles, rattraper le temps perdu et apprendre à cuisiner en 18 langues
  2. On va soudainement tous devenir écolos et mettre un coup d’arrêt au capitalisme, l’entraide va tellement se généraliser qu’on connaîtra même le prénom du voisin de palier sans lire sa boîte aux lettres.

Alors voilà, comme on craque un peu tous là, à chercher les choses essentielles auxquelles on n’a pas pensé à se reconnecter, qu’on ne les trouve pas, je vais faire ma part et RÂLER.

 

Pour moi, la chose essentielle c’est de pouvoir voir les étoiles la nuit (pas le jour parce que le soleil me suffit et que quand même je suis pas compliquée). Eh bien figure toi que l’éclairage public est toujours d’intérêt général en période de confinement alors nous voilà toujours un bon paquet d’humains privés de voie lactée.  #Revoir_les_étoiles – Article

Je passe mes journées à me connecter à des sites qui génèrent plus de bruit de d’information et à m’inquiéter pour ceux qui ne peuvent pas rester chez eux puisqu’ils n’ont pas de chez eux. Je ne me sens pas connectée à l’essentiel. L’essentiel est dehors.

Je en sais pas si j’ai envie de continuer cet article.

Il y a tout plein de monde qui se réjouit de ce que va être l’après-confinement. Parce qu’on aura compris des choses. On aura fait le tri parmi tout ce qui nous manque : on aura compris ce qui nous manque vraiment. Vraiment ?

J’ai compris qu’on manquait de moyens dans les services publics. Quand le confinement sera terminé, qu’on pourra à nouveau être plusieurs dans les rues, alors j’aurais envie de manifester pour crier ma tristesse d’avoir eu à compter les morts sur mon écran de téléphone à cause de ceux qui n’ont pas payé leurs impôts.

Mais on nous dira que ce n’est pas raisonnable, de se rassembler entre humains alors que nous pouvons toujours nous échanger des microbes.

Alors ça ne sera pas la fin du capitalisme, mais un nouveau commencement.

Pas de solidarité, juste du désinfectant.


Un inspecteur, une dystopie et de la sociologie

Il y a près d’un an j’écrivais mon manque de lectures engagés, cette envie de se raccrocher à la réalité et de me construire un esprit critique. De me faire un peu mal en mettant la tête dans l’actualité mais pas trop quand même, je tiens à ma santé mentale (mon abonnement au Monde l’année d’avant m’avait plutôt apporté son lot d’idées noires). Alors je me suis abonnée à un journal (papier !) dont le mot d’ordre (il doit y avoir un terme plus adapté…) est « on s’arrête, on réfléchit ». Et ça me convient parfaitement. La moitié des articles sont d’utilité publique et je veux les partager – mais ça serait leur nuire que de partager gratuitement le contenu des journalistes ? J’aimerais faire ma contreinfluençeuse et proposer de gagner un abonnement au diplo ! (après avoir fait mon overdose de concours sous forme de calendriers de l’avent le mois dernier…)

J’ai aussi recommencé à lire un peu (ou avais-je arrêté ?), mais en choisissant des pavés, donc ça fait peu de livre et beaucoup de pages. J’ai lu mon premier roman policier, 720 pages, et honnêtement c’est un peu toujours la même chose l’inspecteur mystérieux qui se tape la belle femme de l’intrigue, même si l’intrigue est sympa ce fantasme de vieux flic me refroidit un peu. Donc je ne parlerai pas du livre (c’était un paragraphe inutile, voilà voilà bisous).

J’ai lu « Le meilleur des mondes », de Huxley, je ne pensais pas qu’il me plairait à ce point. Peut-être qu’il est d’actualité malgré le film de poussière des années. Beaucoup de monde veut reprendre ce roman et 1984 de Orwell à son compte, mais jamais pour les questions de fond – à mon avis : plutôt pour des questions de morale et de mœurs, de peur du futur. Dans 1984 oui, il y a la surveillance de masse, il y a les classes sociales, il y a la novlangue (newspeak, je l’ai lu en anglais). La réflexion est sur le totalitarisme, la désinformation, la guerre. « Le meilleur des mondes » traite aussi de la question suivante : la vérité ou le bonheur ? Satisfaire tous ses désirs instantanément ou … vivre ? On est face à une société où tout le monde est fait pour n’avoir aucune frustration. Et il n’y a plus de poésie, plus de mystère, de … romantisme. On pourrait aussi s’arrêter à des considérations sur la morale : la contraception ou pas ? Coucher le premier soir ou pas ? Mais ça serait vraiment moins pertinent. Les questions du déterminisme social et de la sélection génétique peuvent aussi être exploitées mais ça met plus vite mal à l’aise que la vague question de la véritéà mon avis encore

Le dernier, c’est « Penser la violence des femmes ». Je crois que j’en ai déjà parlé, non ? Ahoui, mais avant de l’avoir lu. Beh ça serait difficile à résumer, encore une fois, 448 pages d’études sociologiques, beaucoup de phrases à relire deux fois pour moi qui ne suis pas sociologue.

Je vous laisse avec un résumé ci-dessous et l’assurance que j’ai vraiment beaucoup appris en lisant cet ensemble de textes (sur plusieurs mois, soyons claire) :

Tueuses, ogresses, sorcières, pédophiles, hystériques, criminelles, délinquantes, furies, terroristes, kamikazes, cheffes de gang, lécheuses de guillotine, soldates, policières, diablesses, révolutionnaires, harpies, émeutières, pétroleuses, viragos, guerrières, Amazones, boxeuses, génocidaires, maricides… Qu’y a-t-il de commun entre toutes ces figures ? Pour le comprendre, il importe d’exhumer, de dénaturaliser, d’historiciser et de politiser la violence des femmes. Telle est l’ambition de cet ouvrage qui propose une approche pluridisciplinaire sur un sujet trop longtemps ignoré des sciences sociales.
Cette somme inédite, réunissant des études historiques, anthropologiques, sociologiques, linguistiques et littéraires, révèle combien la violence des femmes est au cœur d’enjeux d’ordre à la fois politique et épistémologique. Penser la violence des femmes, c’est en faire un véritable levier pour considérer autrement la différence des sexes, la violence et, par-delà, l’ordre social.

#Source

 Ce matin, j’ai erré en ligne et trouvé une page de recommandations de lectures. J’ai fait une liste et ajouté ce que j’avais déjà noté le long de l’année, puis suis allée rentre visite à ma librairie indépendante préférée pour y dépenser une somme conséquente. Je suis revenue avec des livres qui n’étaient pas sur ma liste et j’ai commandé les autres. Je compte revenir bientôt pour en parler, mais honnêtement j’ai un stocck de lecture pour toute l’année !


Eloge de la simplicité, ou pourquoi ne pas juste faire à manger

L’intitulé parle de lui-même : je ne suis pas quelqu’un de simple. Les choses se compliquent dès que je commence à y penser. Il serait dommage de se décider tout de suite, alors que la vie, le monde comportent tellement de possibilités !

Et pourtant. Pourtant cette vie de réflexions et de contraintes est aussi une vie où les phrases sont courtes. Où je m’attache à mettre des points, des virgules (beaucoup de ponctuation — mince cela est compliqué !), des sauts de ligne pour permettre à ma réflexion de se reprendre.

On saute une ligne et on respire.

On me reproche les contraintes arbitraires que je m’impose autant que l’on complimente la rigueur de mon travail, de mon cahier de comptes et de mes rapports hebdomadaires.

Pourtant, je revendique le droit à une vie simple. Celle de m’habiller comme je veux, de manger comme je veux. De ne pas partir en week end loin dès qu’il y a trois jours, de ne pas me maquiller parce que quand-même-tu-as-des-cernes. Cette simplicité, je la dois entre autres à mon éducation, à où et comment j’ai grandi… Cette simplicité est évidente.

 ***

Mais un jour, j’ai débarqué dans le vrai monde. Celui où il y a d’autres personnes et ces personnes n’ont pas grandi pareil. Nous n’avons pas les mêmes évidences. Je suis arrivée dans ce vrai monde avec tous les préjugés que cela implique.

Ces préjugés fondent lentement, à la chaleur absente de mon regard et de mes remarques.

 Eloge de la simplicité, ou pourquoi ne pas juste faire à manger dans Chroniques d'un Gourou img_2012
Oeuf, feta, concombre, tomate

Récemment, et d’ailleurs plutôt « régulièrement et ce depuis des années à présent », il a été question de manger. C’est assez commun, manger. C’est plutôt simple, manger. Mais j’ai été confrontée à un mur quand il a fallu « cuisiner » autrement qu’en « faisant à manger ». Je suis toujours confrontée à ce mur.

Voyez-vous, je ne commande jamais à manger. Il m’arrivait encore il y a un an ou deux d’aller chercher un kebab ou une pizza, mais nous étions toujours en groupe. Moi, je suis armée de ma poêle et de ma casserole, d’un placard et d’un frigo, d’une bouteille d’huile ou d’une motte de beurre, et je fais à manger. C’est plutôt une fierté jusqu’ici, puisque ça fait de moi une personne indépendante, qui peut vivre sans cantine ni parents ni livreur à vélo sous-payé.

Mais j’ai choqué des gens. Ils ont été dérangés, surpris, étonnés, importunés : apparemment, je ne sais pas cuisiner. Je ne sais pas mettre de la crème à revenir avec d’autres trucs gras dans une casserole à côté, je ne sais pas penser à la béchamel qu’il faudrait rajouter, je ne … sais pas ce que font les gens quand ils cuisinent. J’ai cru que cuisiner c’était faire revenir des légumes à la poêle et faire cuire des féculents à la casserole ou bien mettre un poulet dans un four et attendre qu’il soit cuit. Et c’est pour cette raison que ce mois-ci encore, on s’est moqué de moi.

 ***

On m’a fait comprendre, encore une fois, que ce que j’avais appris était faux, mais sans me donner la raison. Je le prends comme du mépris. J’en ressors, encore une fois, confuse et frustrée, parce que je tiens à ma simplicité, elle qui ne m’avait jamais dérangée.

 

lol, j’ai une rubrique cuisine sur ce blog


Le potager

Je vis en ville. Et pas n’importe comment : en région parisienne. En fait, c’est une méta-ville, et si tu as lu Ravages de R. Barjavel, tu sauras que c’est comme une grande forêt : si ça brûle, pas moyen d’arrêter le feu avant que tout ne soit détruit. Ou s’il peut beaucoup.

Enfin Ravages, c’est une fiction avec penchant misogyne, et l’Amazonie n’a pas entièrement brûlé alors que c’est une grande forêt, donc passons pour l’instant.

Je vis dans une résidence, et une poignée de voisins citadins a lancé un projet de potager. Nous avons fait une première réunion puis nous nous sommes retrouvé.e.s pour explorer la résidence en quête d’un emplacement. Le plus compliqué, c’est de trouver des arguments pour rassurer les voisins réfractaires : mais non, un potager ce n’est pas sale, ça ne fait pas venir des bêtes sauvages ni des personnes extérieures à la résidence (et sauvages).

C’est assez chouette, mais assez vite j’ai remarqué que vivre en ville trop longtemps pouvait avoir quelques conséquences : je croyais que tout le monde savait faire pousser des patates, mais il est possible que non, parce qu’il y a des gens qui pensent qu’un framboisier est un arbre aussi grand qu’un pommier.

J’ai un défaut : j’ai tendance à basculer du côté « mépris ». Sourire parce que je suis surprise et me dire que quand même, c’est trop fort, n’importe qui devrait savoir ça et ces citadins là non.

 Le potager dans Chroniques d'un Gourou deshyd10

Il y a un truc : de plus en plus de gens ont peur de la fin du monde. Mais pas exactement comme en 2012 (ouh merde j’avais déjà ce blog), avec un film où comme d’hab les nord-américains sauvent le monde et les riches se cassent sur un vaisseau spatial, et tout le monde est rassuré et la fin du monde n’a pas lieu. Cette année il n’y a pas de film mais il y a une adolescente qui a arrêté l’école, et puis il y a des scientifiques qui ont des chiffres depuis 40 ans, et cette année on commence à les regarder et à se dire « Flûte, zut, c’est peut-être sérieux« .

Les citadins ont aussi peur de la fin du monde. Comme partout dans nos pays riches, les gens sont sur une échelle de Déni à Fin-du-monde-istes, avec au milieu les gens qui vont s’inscrire à une AMAP ou acheter leurs vêtements sur des applications de trucs d’occasion entre particuliers, ou faire leur propre lessive avec du bicarbonate. Et il y a ceux qui veulent faire un potager.

Finalement, on va affirmer un seul truc : c’est une bonne chose que les citadins (et tous les autres) veuillent apprendre à planter des tomates. S’ils croient – pour ceux qui sont au bout de l’échelle – que cette connaissance va les aider à survivre à l’apocalypse, c’est bien. Après tout, je suis persuadée que apprendre à planter des trucs c’est bien. Un peu comme voir les étoiles. Je pense que c’est important qu’on puisse encore voir les étoiles. J’en reparlerai.


Juillet

Un article au titre évocateur, c’est tout ce que je peux faire pour le moment. C’est difficile de ne pas avoir de vacances quand les jours sont longs et chauds.

Je t’écris ça et pourtant, j’ai commencé mon mois de juillet à l’autre de bout du monde, dans le vent et la brume de mer du Pacifique, en Californie. Fin juin, mon boulot m’y déplaçait pour présenter mes travaux à une conférence, alors j’ai pris une semaine de congés. Mes vacances. Je n’étais jamais partie aussi loin, j’ai vu et vécu plein de choses que j’aurais pu vivre mois loin, pour sûr, mais elles avaient un goût particulier, ces expériences. A l’image de l’océan Pacifique, qui frappe les côte de ses vagues, qui pourrait avoir l’air de l’Atlantique, et pourtant il y a ce quelque chose qui change. Je ne sais pas quoi. Mais c’est un autre océan. La Californie, c’est la Bretagne en plus froid et avec moins souvent des nuages, c’est comme chez moi mais avec un autre océan et des séquoias.

Juillet dans Chroniques d'un Gourou img_2019
Mon journal de bord en voyage. Toujours.

Le retour au boulot - parce que j’ai bossé le lendemain du retour – était un peu flottant. A croire que la fatigue, une fois le jetlag passé, n’est qu’un état d’esprit : celui où on n’a pas l’occasion de marcher 30km par jour.

Le mois des vacances des autres, donc. J’ai pris des transports en plus pour rendre visite à des amis. Rapidement pour une soirée, manger dans un restau éthiopien ou boire un chocolat chaud dans un bar et trinquer avec les bières en happy hour des autres. Et prendre le train pour un week-end et nager, manger, jouer aux palets bretons et danser à quatre heures du matin, regarder ces gens jouer de la musique dès qu’on leur met un instrument dans les mains, rêver d’une vie concrète.

J’ai eu peu d’échanges avec la famille, à part des cartes postales que j’ai envoyées de loin. Ils ont tout plein de changements à vivre et je ne veux pas y ajouter tout de suite ma présence. Je prévois ça pour le mois prochain. Mais tu sais, mes ami.e.s sont particulières : c’est aussi un peu ma famille. En écho avec ce que j’ai lu juste avant de rédiger l’article : l’amour des proches c’est aussi plein d’énergie et de temps. C’est beau mais c’est difficile, ça nécessite de la force à mon avis. Mais c’est beau. Et honnêtement, je ne sais pas ce qui me donne cette force. L’amour que je porte en retour et … la nécessité d’être forte ?

 

Je te fais des bisous, lectrice, lecteur, robot de monétisation ou d’indexation.

Cet article est une participation au défi #monmoisàmoi de Justine


Résistance contemporaine

C’est un petit bouquin que j’ai lu par hasard, Petit manuel de résistance contemporaine. Ce genre de livre écrit par un  écolo et où tu es un peu triste à l’avance parce qu’il est probable que ça ne soit lu que par d’autre écolos ensuite.

J’ai bien aimé ce livre. Si je pouvais, je vous citerai le livre en entier là tout de suite parce qu’il y a des chiffres, des arguments que j’aurais aimé avoir plus tôt. Et effectivement, il est assez alarmiste pour ce qui est de la partie « bilan », mais comme toute personne un peu écolo je connaissais déjà ces faits alarmants. Ce n’est pas ça qui est nouveau, puisque cela fait des décennies que des scientifiques ont montré et alerté sur les conneries qui ont été faites. Ce qui est nouveau et plaisant dans ce petit livre, c’est cette idée-là :

Ce sont les récits qui sont moteurs de notre société. Et si nous changions de récit ?

Parce que tout peut être déconstruit, vu sous un autre angle : l’argent, le travail, les lois. Peut-être vous êtes-vous déjà dit : allez, je vais tout plaquer pour ouvrir un restaurant dans la région où j’ai grandi (ou dans cette lointaine contrée dont je rêve depuis tant d’années), et pourtant vous ne l’avez pas fait, parce que c’est incertain, ça ne rapporterait pas assez, et puis d’ailleurs ce n’est pas sûr que la banque vous accorde un prêt. Alors qu’en creusant un peu on voit que l’économie est construite sur le fait de pouvoir prêter de l’argent qu’on ne possède pas et de demander des intérêts en plus de la restitution du prêt à terme. Que depuis les années 1970, on a triplé notre richesse et pourtant à en voir le taux de chômage et l’âge des retraites qui recul, c’est comme si nous n’en faisions toujours pas assez.

Cette contrainte du travail est un récit, une fiction, un rouage de notre système. Le travail comme salariat, comme contrainte du nombre d’heures journalières. Alors que nous pouvons faire tant de choses en se basant sur l’échange et l’entraide.

La façon dont est construite l’économie est plutôt responsable de le vitesse à laquelle nous allons droit dans le mur. La façon dont on crée la richesse est une partie du récit, de la fiction. Certains l’ont délaissé et ont créé des monnaies locales, des prêts participatifs, avec lesquels les richesses sont mieux redistribuées, ne retombent pas dans les banques.

Les élus ne sont pas tenus de nous représenter une fois élus, puisqu’il y a peu de moyens de les destituer. On se résigne à attendre les prochaines élections. Mais il y a des moyens de passer outre ces élus, de s’organiser localement, de travailler avec d’autres citoyens à d’autres endroits et de changer le fonctionnement des choses « par le bas ». Un des exemples concrets : les états des États-Unis qui ont signé l’accord de Paris (environnement, tu te rappelles « Make our planet great again » ?) après que le président Trump en soit sorti au nom du pays entier. Résultat : une bonne partie du pays est encore dedans et s’engage à protéger l’environnement.

Ces choses que je viens d’écrire, j’ai toujours eu envie de le dire, ça vient comme une intuition. Mais à présent ce ne sont plus des « rêves de bisounours« , parce que maintenant je sais qu’il y a des réalisations concrètes, des chiffres, des gens qui ont réussi et d’autres qui s’organisent.

 

Changer le système actuel pour sauver notre cul la planète, ce n’est pas seulement « renoncer à » (confort, smartphone, voiture individuelle, vaisselle jetable, vacances en avion, fraises en hiver…), c’est aussi accueillir de nouvelles choses que nous ne connaissons pas ou plus. Ce livre nous dit que c’est possible d’avoir du temps pour vivre, rêver, apprendre, aimer,  écrire, respirer. Ces choses auxquelles on croit renoncer dès lors qu’on devient un peu adultes.

Il faudra s’y faire, puisqu’il est certain que nous allons devoir renoncer. Ce serait chouette d’accueillir, de découvrir en plus. Et ce bouquin me donne de l’espoir.

Résistance contemporaine dans Chroniques d'un Gourou Petit-manuel-de-resistance-contemporaine


La gratitude impossible

Il s’est passé tellement de trucs depuis la dernière fois que je suis venue écrire ici que tout le blog pourrait devenir un interminable truc qui essaie de rattraper du temps perdu. Ça ne marcherait pas.

Parlons juste d’une anecdote récente.

J’ai fait une commande en ligne, des produits de beauté, parce que je suis influençable par les promotions, et puis parce que j’avais envie de trucs de gommage — personne n’est parfait.

Quelques jours plus tard, je recevais un e-mail de la Poste m’informant que le colis avait été livré dans ma boîte aux lettres, à un horaire très précis, du style qui finit par :57, mais j’ai bien regardé et n’ai rien trouvé. Déçue, j’envoie un message aux services postaux (via un formulaire, en renseignant le numéro de suivi, etc), mais ne reçois pas d’infos (« Votre demande sera traitée au plus vite »).

Puisque j’avais envie de recevoir ce colis quand même, et que je ne pouvais pas refaire la même commande (les promotions étant passées), j’écris un message au site vendeur leur demandant si je pourrais de façon exceptionnelle bénéficier à nouveau des réductions sur les produits qui m’intéressent. En fait, ils me renvoient le même colis, gratuitement. Celui-ci, je l’ai reçu, accompagné de la note commerciale « nous faisons notre possible pour satisfaire nos client.e.s » (sans l’écriture inclusive par contre, déso).

Tout ça pour raconter un truc : les demandes, je les fais via un formulaire. Les mails de confirmation, je les reçois depuis une adresse à laquelle je ne peux pas répondre. Le colis, je le reçois depuis les entrepôts. Je suis frustrée parce que j’aurais voulu dire « Merci », parce que j’ai beau savoir que c’est un geste commercial, il y a des gens qui auront lu mon message, refait ma commande, re-transporté mon colis (bon, eux ont été probablement payés deux fois), et je suis juste là en bout de ligne à recevoir des produits après m’être plainte. C’est frustrant, cette communication à sens unique.

La gratitude impossible dans Chroniques d'un Gourou ello-optimized-58a21caa
@ingmarswalue

La deuxième colère

J’ai été extrêmement remuée par un article sur la violence des femmes, en début d’année. Il était question de remettre dos à dos violence d’hommes et de femmes, et au passage de remettre en question le féminisme qui pourrait être un vecteur de violence chez les femmes, ouh le vilain.

Je vous mettrai le lien de l’article pour voir par vous-mêmes, je m’excuse mais je n’ai ni le courage ni la force de le relire et l’analyser, donc mes excuses à l’auteur.e si je déforme grossièrement.

Il y a quelques points que j’ai retenus et auxquels j’ai aussi le droit dans la vie de tous les jours (entourage, presse…) et sur lesquels je voudrais revenir. Comme déjà dit avant, je ne suis pas sociologue, ce ne sont que des idées en l’air.

 La deuxième colère dans Chroniques d'un Gourou fa3ffab4a52cf7dd67b520aa14d2776c1-9900000b6d03cf3c
Source : Les Glorieuses
  • Les féministes ont des raisons d’être en colère

Partons de ce point un peu classique. D’abord, cette phrase vous aidera si vous êtes féministe en territoire hostile et que vous faîtes face à « Les féministes sont vraiment des hystériques haha ». Une réponse simple et non engageante sera « Oui, il y a des féministes qui sont en colère ». Il suffit de se mettre le nez dans les statistiques, de suivre quelques blogs ou associations qui partagent les stats et les multiples témoignages de femmes victimes de violence d’hommes : il y a de quoi être en colère.

Une statistique pour se faire une idée : 553 000 femmes seraient victimes de violence sexistes et sexuelles chaque année en France. Autant de personnes pour qui la colère est plus que justifiée.

Je précise ici qu’il n’est pas question de violence, mais de colère. De la violence subie, mais pas de la violence exercée. Je reviendrai ensuite sur les actions des personnes en colère. 

D’autres infos ici #

  • La violence d’une femme est d’abord la violence d’un être humain

Aussi simple que ça. La violence est rarement une bonne solution. Et n’est pas toujours utilisée dans des contextes militants, au contraire. La jalousie, l’alcool, le stress, sont des exemples de fléaux qui touchent toute la population. A trop haute dose, cela engendre des violences physiques et psychologiques y compris dans les couples. La guerre, la guérilla, le trafic de drogue  impliquent aussi des femmes parmi les « attaquants » (même si les hommes sont majoritaires, même si on retiendra surtout que les femmes sont dans le camp des civils et subissent, entre autres, des viols).

Les contextes que je cite n’ont pas de lien avec une quelconque idéologie féministe. Si je m’engage dans l’armée ou la guérilla c’est que je veux défendre mon pays ou mes idées. Mon genre passe après mon engagement.  Si je participe à un trafic de drogue, je ne sais pas si c’est justifié, mais en tous cas il est plus probable que je le fasse pour le pouvoir et l’argent, sinon la survie, plutôt que comme revendication féministe.

  • « Le féminisme n’a jamais tué personne »

C’est une phrase de Benoîte Groult, la citation entière est « Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours.« 

Il existe cependant quelques groupes féministes qui ont pratiqué l’action directe et usé de violence, mais c’est assez marginal. En lisant des études sociologiques sur les mouvements féministes et apparentés dans l’Histoire, on remarque assez bien que ces mouvements ont voulu se démarquer en utilisant le fameux « soft power », en collant des affiches et en écrivant des livres (j’exagère mais c’est l’idée). Pour rappeler le premier point : les féministes sont en colère, mais elles (et ils) demandent l’égalité. Pas une revanche, juste l’égalité en droit.

  • La différence de traitement des personnes violentes en fonction de leur genre

Il y a une différence. Il y a beaucoup moins de femmes en prison, moins de femmes dans les corps armés (= moins de femmes qui exerceraient la violence illégitime comme la violence légitime). Il se trouve que les corps armés ont été ouverts aux femmes nobles sous l’ancien régime, puis après la Révolution il a fallu attendre l’époque récente pour les voir y revenir, puisque c’était interdit. Il se trouve aussi qu’une femme violente (gangs, vols…) va être jugée différemment et envoyée plutôt vers des établissement médicalisés car on aura tendance à penser que la violence chez la femme est un dysfonctionnement, qu’il faut la soigner. A mon avis, la violence des hommes est tout aussi problématique et  justifie tout autant une prise en charge médicale ou psychologique.

Ce point pour en venir à une hypothèse : ne serait-on pas en train de diaboliser la violence des femmes comme une « erreur de la nature » en opposition à une violence des hommes « naturelle » qu’il s’agirait uniquement de canaliser ?

A mon avis, nous devrions traiter les individus violents comme individus violents, sans considération pour leur genre.

 

Conclusion

Il est assez malvenu, à mon avis, de rapprocher féminisme et violence. Il y a de la violence subie et de la colère, il y a des faits et des personnes militantes qui s’organisent pour trouver des solutions.

Je me définis comme féministe et j’avoue que parfois j’aimerais frapper des murs au point de les casser tellement je suis en colère. Mais la plupart du temps, je suis juste très triste. Triste entre autres que ma soif de justice soit interprétée par d’autres comme une soif de vengeance. Je ne hais pas les individus, je voudrais juste que nous vivions dans une société plus saine.

Aussi, dernier point mais non négligeable : les humains peuvent être violents, indifféremment de leur genre. Cette violence n’est pas encouragée par les mouvements militants.

 

 L’article en question #
Je vous recommande cependant le contenu du blog qui est fort intéressant par ailleurs :)
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